visuel Clameur

La clameur de la terre

Frédéric Rouvillois

 12,00

Frédéric Rouvillois nous permet de comprendre la pensée du Pape François sur l’écologie à la lumière de sa dernière encyclique et d’en tirer des conclusions politiques

Collection : Auteur : Pages: 128 ISBN: 9782865532803

Description du produit

Présentée à Rome le 18 juin 2015, la nouvelle encyclique du pape François, Laudato Si’, sous-titrée « Sur la sauvegarde de la maison commune », met en avant un concept d’une grande portée, celui d’écologie intégrale.

Intégrale, dans la mesure où, par-delà l’environnement, « tout est lié dans le monde ». Tout se tient. C’est pourquoi l’Eglise ne peut plus désormais ignorer le caractère central de la question écologique – laquelle irrigue, domine, sinon détermine toutes les autres, et s’invite très directement dans la crise démographique, économique, morale et politique de notre temps : où l’on peut songer par exemple, en lien direct avec elle, à la remise en cause des identités, au phénomène des migrants, à la perte des repères, ou encore à l’anéantissement de cultures locales broyées sans états d’âme par les mécanismes impitoyables de la nouvelle civilisation consumériste. Voilà pourquoi le pape François a décidé de s’interroger sur les éléments constitutifs de ce désastre annoncé, et sur les réponses susceptibles d’y être apportées.

Or, sur ce point, Frédéric Rouvillois montre qu’à rebours de l’image habituelle véhiculée par les médias, l’orientation du pape François, si elle se caractérise bien par l’humanité, la tendresse, la poésie et l’attention aux fragilités que chacun lui reconnaît, n’en est pas moins résolument anti moderne. Pour le pape François, en effet, les causes du mal ne sont autres que les principes constitutifs de la modernité : l’individualisme égoïste et l’anthropocentrisme dominateur, l’idée d’un progrès nécessaire et la négation du passé.

Et à l’anti modernisme du diagnostic correspond celui des réponses. Sur ce plan, François appelle à rien de moins qu’à une véritable révolution culturelle, une révolution profonde, beaucoup plus radicale que les modestes propositions de la Cop 21, et qui permettrait à l’homme de se réapproprier son destin. Une révolution qui, sur un plan institutionnel, oblige à s’interroger sur la question de la longue durée inhérente à toute démarche écologique – et donc sur la capacité des démocraties représentatives contemporaines à répondre à ce problème qui engage la survie de la nature et l’essence même de l’homme.

Information complémentaire

Poids 0.150 kg
Dimensions 20 x 13 x 1 cm

Préface de Chantal Delsol

Il a fallu un moment favorable, un kairos, pour que depuis seulement quelques années, un tel sujet puisse être évoqué.

Il s’agit de défendre l’écologie intégrale. Autrement dit d’étendre la protection de la nature à la protection de la condition humaine (certains disent nature humaine). Il s’agit d’affirmer l’existence d’une anthropologie dont nous ne sommes pas les maitres, et qui nous oblige, faute de catastrophes. Ce discours va à l’encontre de toute la pensée courante depuis l’après-guerre, l’existentialisme et ses descendants. Il a été jusqu’ici inouï, inaudible. Une circonstance a permis sa réapparition : le déploiement de l’écologie comme défense de la nature, chez des groupes qui par ailleurs suivaient la pensée commune du nihilisme anthropologique.

C’est pourquoi je parle d’un kairos. Frédéric Rouvillois et moi faisons partie de ces gens qui n’ont jamais douté de l’existence d’une condition humaine, qui nous oblige et que nous n’inventons pas. Mais jusqu’à présent nous ne pouvions parler de cela que dans l’indifférence générale –pensée inouïe. Il faut le redire : avoir raison trop tôt, c’est encore avoir tort ! Le déploiement de l’écologie nous permet d’en parler, car maintenant parler de la condition humaine signifie simplement dire : pourquoi défendez-vous la nature et pas l’homme ? comment pouvez-vous croire que nous n’inventons ni ne maitrisons entièrement le monde naturel, et que nous maitrisons et inventons l’homme ? L’écologie intégrale nait par cohérence de la pensée. La défense de la nature est en même temps la chance du retour de l’humanisme.

Parfois certains regrettent que les encycliques n’arrivent qu’au son du clairon, et pas plus tôt, quand les questions sont douloureuses et indicibles. Ce n’est pas que le pape se plie à la mode. Il saisit un sujet quand les esprits et les cœurs peuvent l’entendre. C’est bien aujourd’hui le moment de signaler que l’homme a quelques caractéristiques, dont il ne peut tenter de se défaire impunément. On a oublié cet aspect fondamental : certes l’homme est liberté, – mais il est aussi nature. Je ne suis pas sûre que nos contemporains aperçoivent cette évidence : notre sidération devant les horreurs du nazisme et du communisme traduit l’intuition que nous avons dérangé un ordre – mais lequel ? il y aurait-il donc un ordre à ne pas déranger ? nous avions depuis longtemps censuré cette idée.

La destruction de la nature et l’oubli de la condition humaine se donnent libre cours en une « joyeuse irresponsabilité ». L’irresponsabilité est rendue possible par le règne de l’immédiateté et la valorisation exclusive du désir. L’individu post-moderne, comme d’ailleurs c’était le cas de l’individu totalitaire, croit que « tout est possible ». Car il a le pouvoir de tout faire : anéantir industriellement les Juifs d’Europe, anéantir artisanalement les koulaks d’Ukraine, ou bien anéantir symboliquement ou concrètement la différenciation sexuelle. Cependant il ne peut tout faire impunément, et c’est bien là le drame : il peut tout, mais en disloquant tout, en produisant le chaos et la barbarie, en se dé-civilisant.

Il ne s’agit pas, et Frédéric Rouvillois le relève bien, de vouloir récuser l’idée même de progrès et de revenir à une sorte de « nature » dogmatique figée pour toujours, dont on ne pourrait pas sortir. Il s’agit bien plutôt de chercher un équilibre entre l’homme-nature et l’homme-liberté, entre le besoin d’enracinement et le besoin d’émancipation. Pour trouver cet équilibre, il faut faire droit à l’idée d’excès, et quêter les limites. La grande folie de l’époque moderne n’est pas d’avoir voulu l’émancipation, mais de l’avoir voulue sans frein, sans même se poser la question des limites. La liberté est grande ; si elle ne respecte pas la nature, tout son bénéfice s’effondre. Cependant, les limites ne vont pas de soi, elles font l’objet d’un débat constant, et l’on pourrait décrire très longtemps les guerres qu’elles occasionnent.

Ici, en ce qui concerne l’environnement, nous avons été trop loin : il n’est plus grand monde pour le contester, nous avons passé des limites (donc il y en a ! ). Cette constatation partagée entraine des obligations de toutes sortes. Economique : il faut « changer de rythme », aller vers une certaine décroissance. Spirituelle : il faut réenchanter un monde que nous avons rationalisé à outrance, laisser resurgir l’émerveillement devant la nature à la place de la possession brutale qui était devenu notre quotidien. Philosophique : « redéfinir le progrès » afin de prendre en compte son caractère forcément circonscrit.

Cette encyclique, contrairement à d’autres précédentes, m’apparaît parfois bien approximative. On aimerait mieux ne pas entendre dire imprudemment que la disparition des espèces est essentiellement due à l’homme (elle a toujours existé et fait partie de la nature elle-même). N’est-il pas bien téméraire d’affirmer que puisque la catastrophe écologique dépend de l’homme, celui-ci peut alors l’arrêter ? Je me demande si ce n’est pas encore du prométhéisme que de nous prêter le pouvoir de sauver la planète… on sait bien à quel point il est facile de détruire, et difficile de construire. Le principe de précaution protège-t-il toujours les faibles et les pauvres ? En ce moment, au contraire, il les appauvrit encore, et de beaucoup, parce qu’il est compris à l’extrême, et normalise tellement la vie de tous que l’on ne peut plus habiter, se nourrir, se déplacer, sans utiliser des équipements obligatoires et couteux – autrement dit : gardons la mesure afin que la bonne direction ne devienne pas mauvaise par excès de bien… D’un point de vue philosophique, je suis fâchée de voir l’écologie prétendre servir d’argument contre l’IVG : « la défense de la nature n’est pas compatible non plus avec la justification de l’avortement » (120). L’attitude de respect général de la nature correspondrait au respect de tous les humains. Quel salmigondis. Toutes les civilisations anciennes respectaient la nature, et toutes, sauf le judéo-christianisme, se débarrassaient des bébés superflus – il suffit de lire la lettre à Diognète. La légitimation de l’avortement est un signe de retour du paganisme, avant l’humanisme judéo-chrétien. Cela n’a rien à voir avec la civilisation du déchet. C’est bien léger, et contre-productif, d’évoquer l’avortement à tout propos et hors de propos.

Enfin nous trouvons ici de bien intéressantes considérations politiques. L’encyclique souligne à juste titre le problème principal rencontré par la préoccupation écologique : la question du temps. Les solutions aux désastres écologiques exigent du temps – tandis que ces désastres émergent en face de systèmes politiques essentiellement livrés à l’immédiateté : les démocraties. D’ailleurs ce qui peut paraître un paradoxe, n’en est pas. Car les désastres écologiques et les démocraties sont les uns et les autres fils de la culture d’immédiateté.

Frédéric Rouvillois est très critique vis à vis du système démocratique, dans lequel « gouverner, c’est ne pas (pouvoir) prévoir ». L’affirmation n’est pas fausse : il suffit de regarder nos politiques, réagissant au jour le jour aux événements de la veille, sans aucun projet dépassant la saison prochaine. Il reste que le remède est discutable ! Les arguments que Frédéric Rouvillois avance en faveur de la monarchie, qui voit à long terme parce qu’elle ne risque pas la récusation du vote, sont bien réels. Mais s’il faut rejoindre le pouvoir d’un seul pour avoir des chances de trouver des solutions à notre problème, il semble que ce soit bien cher payé… et pas un d’entre nous ne s’y résoudra. Car il ne s’agit pas ici d’un monarque à l’anglaise, lequel n’a aucun pouvoir, quelques sympathiques que soient par ailleurs les hobbies écologiques du prince de Galles. Il s’agit de Louis XIV, prévoyant des forêts pour les siècles. D’ailleurs on ne voit pas que dans les pays autocratiques actuels, les préventions écologiques soient plus lucides et plus courageuses. La Chine, où par définition on ne craint pas le vote de citoyens inexistants, a attendu bien longtemps les réprimandes internationales pour se préoccuper de l’air suffocant de ses villes. C’est que si le monarque a le temps devant lui, il s’intéresse souvent bien peu à ses sujets, les deux allant ensemble… Charles Maurras disait que l’intérêt du roi est le même que celui de la société : il faut sous-entendre que le roi est un saint, ce qui est un pari assez fou. D’ailleurs curieusement, on s’aperçoit que quand le roi est une sorte de saint, il est souvent incapable de gouverner avec la rigueur nécessaire : c’était le cas de ces deux malheureux, Louis XVI et Nicolas II… Je crois que pour répondre à la question essentielle du temps, il vaudrait mieux, plutôt que de rêver à des monarchies chimériques, tenter de mettre du plomb dans la cervelle démocratique.

Le pape François croit au politique, à la capacité de l’Etat pour orienter une société vers le bien commun. C’est la doctrine sociale de l’Eglise, qui pourrait tenir essentiellement en deux points. En premier lieu, la politique est au-dessus de l’économie, parce que l’économie fabrique du bien-être et du confort tandis que la politique fabrique du lien, des relations et donc des biens spirituels, lesquels sont supérieurs aux biens matériels. L’effacement actuel de la politique au profit de l’économie représente une chute dans le matérialisme le plus vulgaire et le plus inhumain. En second lieu, comme le disent les Allemands, « l’homme est plus vieux que l’Etat » : la politique doit consister à faire confiance aux groupes d’appartenance, ce qui s’appelle le principe de subsidiarité. Il est dommage que le pape semble confondre cela avec la démocratie participative, qui est tout autre chose. La démocratie participative, très prisée en Amérique latine, peut proposer un correctif à des démocraties trop centralisées ou technocratiques, éloignées du citoyen. Mais elle peut aussi rejoindre facilement la mode de la gouvernance à consensus, tout à fait anti-démocratique. C’est donc un concept polysémique à manipuler avec précaution, et qu’il est dangereux d’employer de façon journalistique. Il n’a pas grand chose à voir avec la subsidiarité, qui porte au contraire tout le poids de la culture humaniste européenne.

Le livre de Frédéric Rouvillois s’inscrit dans un courant de pensée qui devient et deviendra de plus en plus influent. Les totalitarismes se continuent dans la modernité tardive, qui poursuit après eux le rêve/cauchemar du tout est possible. Pour y faire face, nous avons essentiellement besoin d’une pensée des limites.

 

 

Extrait

Les impasses de la démocratie représentative

Lorsque le Pape plaide en faveur d’une intervention directe de la population en matière environnementale, c’est en se fondant sur des considérations d’efficacité, mais aussi, en raison des vices de la démocratie représentative : et l’Encyclique d’évoquer à ce propos une corruption qui, si elle concerne surtout l’administration, n’épargne pas des représentants eux aussi susceptibles de succomber à la tentation, et de se soumettre aux intérêts particuliers défendus par les lobbys, les grandes entreprises transnationales, etc. L’idée n’est d’ailleurs pas de prêter au peuple une vertu sans failles et une pureté naturelle, mais simplement, de constater que, s’il semble relativement facile, dans certains pays, d’acheter des députés ou des ministres, il l’est beaucoup moins de corrompre la population dans son ensemble.
Avec la corruption, l’Encyclique dénonce les faux-semblants d’un écologisme de façade, dissocié des réalités concrètes : « cela est dû en partie au fait que beaucoup de professionnels, de leaders d’opinion, de moyens de communication et de centres de pouvoir sont situés (…) dans des zones urbaines isolées, sans contact direct avec les problèmes des exclus. Ceux-là vivent et réfléchissent à partir de la commodité d’un niveau de développement et à partir d’une qualité de vie qui ne sont pas à la portée de la majorité de la population mondiale. Ce manque de contact physique et de rencontre (…) aide à tranquilliser la conscience et à occulter une partie de la réalité par des analyses biaisées. Cela cohabite parfois avec un discours « vert ». (49) Ou avec « une écologie superficielle et apparente » qui, en se développant, suscite « un certain assoupissement et une joyeuse irresponsabilité. » (59) Celle que l’on peut retrouver, par exemple, derrière le discours actuel relatif à la « croissance verte ».

Mais à ces défauts conjoncturels, assez aisément remédiables, s’ajoutent des vices proprement structurels, susceptible de neutraliser les initiatives et d’empêcher une gestion efficace des problèmes environnementaux.
Sur le plan des principes, tout d’abord, et bien que l’Encyclique ne s’attarde pas sur la question, il est peu contestable qu’il existe des liaisons étroites entre la philosophie démocratique, la modernité et la « culture du déchet » qui en est l’ultime expression.
C’est ainsi que le système démocratique est foncièrement et radicalement individualiste, l’individu étant, avec l’État qu’il constitue en s’agrégeant à l’ensemble des autres individus, l’unique réalité politique significative ; de même que c’est l’individu seul qui, dans le secret de ce que l’on appelle l’isoloir, le lieu où l’on s’isole, va prendre les décisions politiques importantes, qu’il s’agisse d’élire un représentant ou d’approuver un texte. A ce propos, le refus systématique du vote familial, par exemple, apparaît comme un indice probant de l’essence individualiste de ce système où la famille se voit nier toute existence politique.
Sans doute cet individualisme n’est-il pas inéluctablement égoïste, et les théoriciens de la démocratie, de Montesquieu à Tocqueville en passant par Rousseau ou Mably, le supposent même vertueux, et altruiste. Mais ils ne font que le supposer tel – et ne cessent de se demander si il le sera, et même, s’il pourrait l’être de façon normale et durable, beaucoup d’entre eux oscillant à ce propos entre résignation et désespoir . « La démocratie, note ce propos Alexis de Tocqueville, fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants et le sépare de ses contemporains ; elle le ramène sans cesse vers lui seul »

En outre, ce système se situe expressément dans le présent, dans l’immédiateté. Ses rapports avec le passé sont souvent compliqués, mais ses rapports avec l’avenir sont pratiquement inexistants, obstrués par la perspective de nouvelles élections dont les résultats risquent de mettre fin aux projets, aux programmes, aux réformes actuelles, si salutaires et même si indispensables soient-elles. Gouverner en démocratie, c’est ne pas (pouvoir) prévoir, du moins pas au-delà de quelques mois ou de quelques années : au-delà, on paraîtrait ridicule. Et de fait, on le serait. Dans ces conditions, comment envisager sérieusement l’organisation d’un « développement durable », ou concevoir des plans qui exigent plusieurs décennies ?
Sur un plan philosophique, la démocratie se réclame du principe d’autonomie : tout comme l’individu, l’État démocratique ne dépend que de lui-même, il est libre de faire ce qu’il veut et ne se trouve contraint par aucune prescription extérieure ou supérieure, aucune transcendance. Enfin, la démocratie contemporaine est historiquement liée à la thématique du Progrès, c’est-à-dire, à la matrice de la modernité conquérante qui est elle-même à l’origine de la « culture du déchet ».
En somme, les principes fondateurs de la démocratie coïncident avec ceux que l’Encyclique dénonce comme les racines culturelles du désastre écologique. Ce qui fait peser un doute sérieux sur sa capacité à mettre bon ordre. Ou du moins, à y remédier à elle seule…

D’autant qu’à ce problème de principe s’ajoute un problème pratique, tout simple mais lourd de conséquences : le manque de temps. Le mécanisme fondamental du système démocratique, l’élection pour un temps limité, rend les politiques écologiques pratiquement impossibles, ainsi que l’Encyclique le laisse entendre à demi-mot. « Le drame de l’immédiateté politique soutenue aussi par les populations consuméristes conduit à la nécessité de produire de la croissance à court terme. Répondant à des intérêts électoraux, Les gouvernements ne prennent pas facilement le risque de mécontenter la population avec des mesures qui peuvent affecter le niveau de consommation ou mettre en péril des investissements étrangers. La myopie de la logique du pouvoir ralentit l’intégration de l’agenda environnemental aux vues larges dans l’agenda public des gouvernements. » (178) A l’inverse, poursuit l’Encyclique, « la grande politique se révèle quand, dans les moments difficiles, on œuvre (…) en pensant au bien commun à long terme. » Hélas, « il est très difficile pour le pouvoir politique », ou plus précisément, pour un pouvoir électif et dépendant à très court terme des humeurs potentiellement changeantes de l’électorat, « d’assumer ce devoir dans un projet de Nation. » La durée lui échappe, inévitablement.

Or, « La continuité est indispensable parce que les politiques relatives au changement climatique et à la sauvegarde de l’environnement ne peuvent pas changer chaque fois que change un gouvernement. Les résultats demandent beaucoup de temps et supposent des coûts immédiats, avec des effets qui ne seront pas visibles au cours du mandat du gouvernement concerné. C’est pourquoi sans la pression de la population (…) il y aura toujours de la résistance à intervenir » (181) : et l’on retrouve ici la confiance que le Pape François place dans les instances informelles et la démocratie directe, dont il estime qu’elle pourrait surmonter certains des blocages inhérents à la démocratie représentative.
Et c’est ce même optimisme que manifeste la suite de son raisonnement : « Qu’un homme politique assume ses responsabilités avec les coûts que cela implique, ne répond pas à la logique d’efficacité et d’immédiateté de l’économie ni à celle de la politique actuelle » – si tant est qu’il puisse assumer de telles responsabilités, c’est-à-dire, mener une politique écologiquement active sans bénéficier du soutien de la représentation parlementaire, ce qui constitutionnellement ne semble pas évident. « Mais s’il ose le faire », conclut le Pape François, « cela le conduira à reconnaître la dignité que Dieu lui a donnée comme homme, et il laissera dans l’histoire un témoignage de généreuse responsabilité. »
S’il ose le faire : en somme, pour réussir une telle gageure dans une démocratie représentative classique, il faudrait être un saint, et une sorte de martyr, consentant à sacrifier joyeusement sa propre carrière à des considérations écologiques. Ce qui, malheureusement, ne se trouve pas forcément tous les jours au sein du personnel politique contemporain…

Au total, donc, cette sorte de démocratie s’avère insuffisante à elle seule. D’où la nécessité d’imaginer des solutions, non pas forcément alternatives, mais complémentaires.