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Manuel de résistance à l’art contemporain

Alain Paucard

 7,90 12,00

 7,90
 12,00
Collection : Auteur : Pages: 104 ISBN: 9782865532841

Description du produit

Ce vademecum est là pour aider, stimuler, tous ceux qui appellent un chat un chat, et « l’art contemporain » une escroquerie. L’art « contemporain » est l’art officiel de la mondialisation, de la société de la Marchandise. C’est facile et ça peur rapporter gros, quand chacun est artiste avec pas de talent et beaucoup de culot. L’art « contemporain » est une discrimination contre ceux qui s’obstinent – figuratifs ou abstraits – à peindre sur une toile fixée sur un châssis.

Pour toutes ces raisons, il faut réagir, ne pas se laisser faire. Alain Paucard le fait avec humour et cette verve qu’on lui connaît, notamment dans ses pamphlets.

Alain Paucard, auteur de quarante ouvrages dans tous les genres de la littérature, s’était promis de ne plus écrire de brûlots, mais l’exhibition permanente de la laideur a eu raison de ses intentions pacifiques.

Information complémentaire

Poids 0.130 kg
Dimensions 22 x 13 x 1 cm

Sommaire

Mise au point sur l’emploi de l’adjectif « contemporain »
Avant-propos (Thèse, antithèse,synthèse)
I. Dada tel quel
II. La revanche des beaufs
III. Picabia vend la mèche .
IV. Art déco, art cubiste
V. Un vaste chantier
VI. Pour un surréalisme socialiste !
VII. Galerie d’art à Long Kesh
VIII. Le TGV s’arrête à Châtillon-sur-Seine
IX Quand l’art contemporain ne fonctionne
pas
Conclusion : l’esthétique n’existe pas

Extrait

QUAND L’ART CONTEMPORAIN NE FONCTIONNE PAS

Je ne vis qu’à Paris, ville sinistrée où la laideur redouble. Les nouveaux règlements d’urbanisme, votés à l’initiative de Sa Suffisance Delanoë sont maintenant appliqués avec une ferveur filiale par Bête-et-méchante Hidalgo. Je conseille à ceux capables de la supporter une promenade entre la Poterne des Peupliers (XIIIe) et la Seine. Les tours construites dans les années soixante-dix aux portes d’Ivry et de Choisy sont laides mais sans prétention. Celles de la station de tramway Avenue de France sont laides mais semblent revendiquer l’honneur d’être encore plus laides par l’affirmation de l’ego des architectes.

Sur les boulevards réservés au tramway, il y a, en revanche, quelques bonnes nouvelles. La “cabine téléphonique éclatée” n’est plus sur le pont du Garigliano. Des riverains excédés l’ont-ils jetée dans la Seine ? La mairie a-t-elle soudainement eu honte d’avoir placé une telle stupidité à cet endroit ? Mlle Calle a-t-elle exigé que sa cabine vandalisée soit placée ailleurs ? Il y a plus drôle et qui révèle la totale incomptéence des fabricants de laideur et des édiles, 26, boulevard Brune, (XIVe) sur la façade de l’ex-Institut de Puériculture (1933) il avait été placé, de chaque côté de l’entrée principale, une rampe horizontale aux carreaux carrés qui devaient s’éclairer, grâce au soleil, par la grâce d’une cellule photo-électrique. Il n’y a jamais d’art “contemporain” sans explication, aussi, il avait été posé une plaque sur laquelle on lisait, à propos de ce Incubate lacte Perambulante 20 : “L’oeuvre lumineuse et linéaire sur la façade évoque les couleurs de l’environnement proche et le mouvement du tramway en même temps que le va-et-vient des personnes qui fréquentent le bâtiment. Les caissons lumineux changent de couleurs graduellement en fonction du temps qu’il fait”. Très vite, le machin n’avait plus fonctionné. Je sais pourquoi. Toute personne qui a nettoyé ses vitres sait qu’une vitre lavée redevient sale rapidement, donc opaque et empêche les carreaux et les cellules photo-élecriques de se rencontrer. C’est le même principe – naturel ? – qui fait que les moucharabiehs de l’Institut du monde arabe (Ve), situés sur l’arrière du bâtiment, ne fonctionnent plus depuis longtemps malgré l’incantation rituelle : “version technologique du traditionnel moucharabieh, les baies vitrées de la bibliothèque tamisent automatiquement la lumière du jour grâce à des milliers de cellules photo-électriques”. L’architecte, le génial Nouvel, n’a évidemment jamais lavé le moindre carreau de sa vie. C’est encore le même principe qui a empêché les palmiers de métal du boulevard Kellerman (XIIIe) de se dresser à l’appel du soleil.

Les “contemporains” n’ont pas de chance. Leurs trucs ne marchent pas. Rien n’est plus terrible qu’un prestidigitateur qui manque son coup et coupe vraiment la femme en deux. Les méchants magiciens connaissent tous le moyen de s’en sortir : le chantage. C’est en 2007 que M. Buren lança son cri d’alarme : ses colonnes s’enfoncent. La nouvelle réjouit les classiques. Elles s’enfoncent parce que tout a été édifié en dépit du bon sens ; on va les enlever, les mettre ailleurs ; peut-être au beau milieu d’une cité à Sevran, bref, l’espoir renaît. M. Buren n’est point bête : il menace. Il préfère qu’on les enlève ; sous-entendu, si on les enlève, le monde de l’art “contemporain” désignera du doigt la France, son gouvernement, ses “responsables culturels”. Le responsable culturel n’a qu’une crainte : passer pour un réac. Il est voué ontologiquement à suivre la voie de l’avant-garde, c’est-à-dire du conformisme contemporain. La seule perspective d’être classé passéiste le condamne à accepter le chantage. La décision est sans doute prise “au plus haut niveau de l’État”. Au lieu de répondre – si possible vertement – : “Notre pays est couvert de dettes, les pauvres sont de plus en plus nombreux et nous préférons donner un toit aux SDF plutôt que de relever l’assise de vos machins”, le système s’agenouille, se prosterne, face contre terre au nom de la place de la France dans la Modernité et aussi au nom du Tourisme.

Si des millions et des millions d’étrangers visitent la France, ce n’est pas pour admirer ses paysages, ses cathédrales, ses châteaux, c’est pour se vautrer voluptueusement au centre Pompidou, se faire photographier devant la pyramide du Louvre et bien sûr devant les colonnes de M. Buren. On peut s’étonner que les différents gouvernements n’aient pas envisagé de mettre des colonnes partout. Dans la transformation totalitaire des sociétés, “Des colonnes partout” serait un mot d’ordre plus efficace que “Des soviets partout !” Le pli est déjà pris. Les expositions heureusement temporaires dans le château de Versailles ou dans ses jardins ont pour but de faire monter la cote des artistes contemporains mais aussi de mettre le signe = entre la Beauté et le “contemporain”. Le procédé est déjà utilisé dans les dictionnaires de l’Art et s’ouvre à la vision universelle par la mise en concurrence de Mansart et de Gehry, de Fragonard et de Jeff Koons, de Jean Dutourd et de Marguerite Duras, de Sacha Guitry et de Jean-Luc Godard, de Jean Gabin et de MC Jean Gab’l.

L’art “contemporain” étant n’importe quoi, n’importe quoi peut être de l’art “contemporain”. L’assiette creuse inclinée, du square Bajac, à la porte d’Italie (XIIIe), surabondamment taguée, n’est pas de l’art contemporain mais une piste pour planche à roulettes. Dans le joli square Kellermann tout proche, les tubes blancs fichés en terre, de travers, et surmontés de bouquets de fleurs, est-ce de l’art “contemporain” ? Au carrefour Alésia (XIVe), j’ai pris une armoire électrique surmontée d’antennes et destinée à régler le trafic pour de l’art “contemporain”.

En contrebas du square Kellermann se trouve le Monument aux mères françaises, remarquable ensemble statuaire d’Henri Bouchard et Alexandre Descatoire. Le rédacteur anonyme qui a rédigé le panneau explicatif s’est surpassé pour dénigrer l’ensemble : “Proche du style architectural stalinien, le monument qui donne son nom au jardin a été érigé en 1938 pour encourager la natalité”. Encourager la natalité ! Quelle horreur alors que nous avons la pilule du samedi soir et celle du dimanche matin. Quant à la qualification de “stalinien”, c’est soulever une pierre pour la laisser retomber sur ses pieds. L’architecture stalinienne a été notamment dirigée par I. Jitkovski, admirateur de Palladio (1508-1580) universellement admiré pour son exceptionnel sens des proportions. On comprend mieux la basse attaque du rédacteur anonyme et pourquoi la Mairie de Paris refusa de financer l’extension du musée Bouchard, rue de l’Yvette (XVIe) ce qui amena la fermeture du musée et son transfert à Roubaix.

Le point de vulve, particulièrement clitoresque, complaisamment étalé dans les jardins de Versailles, est-ce une si mauvaise action ? Du moment que l’exposition est temporaire, elle est bénéfique puisqu’elle permet à tout visiteur de comparer, ou justement parce que c’est incomparable, de revenir au bon sens, à l’équilibre des formes et à la tradition (on peut arguer que le vagin est traditionnel…)

“De tout temps la Beauté a été ressentie par certains comme une secrète insulte”, constate Debussy. Là réside l’origine, en grande partie, de la fureur destructrice. L’aspiration – sociale – à devenir artiste en pensant que c’est facile et que ça peut rapporter gros est humaine. Les arnaqueurs ne sont pas à sous-estimer. Pour arnaquer, il faut posséder une grande connaissance de l’âme humaine, donc être intelligent. L’arnaqueur ne s’illusionne pas sur son talent. Il sait que le seul qu’il possède est celui de faire croire que la conscience de son inaptitude à créer la Beauté le conduit à la détester. Tels des Huns, les arnaqueurs contemporains (là, pas de guillemets) se précipitent pour dévaster. Il y a des règlements et on ne détruit pas une cathédrale comme ça. Le procédé est plus vicieux. On colle de l’art “contemporain” à l’intérieur en s’appuyant sur de pitoyables prélats qui pensent gagner des ouailles en s’écartant de la Beauté, donc du Divin. Les “contemporains” (là, il faut les mettre) ont toutes les caractéristiques d’une foule lyncheuse qui utilise la rumeur et la manipulation. Ils ont une tondeuse à la main comme les faux résistants de 1944. Dans les deux sens du terme, nous sommes tondus.

On rapporte que le duc de Charost, conduit à l’échafaud pendant la Révolution, lisait un ouvrage dans la charette. Arrivé au bas de la guillotine, il referma le livre après avoir corné la page. Nous sommes dans la même situation, avançant sous les huées des lyncheurs, conduits au sacrifice sur l’autel de la Modernité. Corner la page c’est la perspective de reprendre la lecture après le retour à la vie. L’alternative est simple : la Beauté ou la barbarie.

RÉSUMÉ À APPRENDRE PAR CŒUR

L’art “contemporain” qui n’utilise pas de matériau noble est condamné à l’auto-destruction. C’est une arnaque en vogue qui ne peut être vaincue que par le recours à la Beauté, au Divin.