Poutine par lui-même

Le temps des réformes

24 

Collection : Auteurs : , Pages: 268 ISBN: 9782865533282

Description

Ce nouveau volume des écrits, discours et entrevues de Vladimir Poutine reprend la pensée du chef de l’État russe de son élection à la présidence, en mars 2000, jusqu’au lendemain du 11 septembre 2001. Cette période est marquée dans l’histoire de l’action politique de Vladimir Poutine par des réformes de structure de la Russie.

Après la période chaotique des années Eltsine et les hésitations sur la stratégie à adopter à la fin des années 1990, Vladimir Poutine fait le choix de l’assainissement financier, des mécanismes de marché, de la pacification mémorielle et du règlement à long terme de la question tchétchène. Même si cette période est tournée vers les réformes, le chef de l’État russe commence à poser les premiers jalons de son action internationale : affirmation de la puissance russe, rééquilibrage de la diplomatie entre occident et orient, volonté de trouver une place digne à la Russie dans le système économique mondial en voulant être un partenaire crédible pour les milieux d’affaires européens et occidentaux.

Le choix d’arrêter ce volume au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis qui marquent la fin des grandes réformes intérieures et le début d’une politique extérieure de recherche active du consensus avec l’occident.

Présentation et traduction par Romain Bessonnet

Romain Bessonnet a étudié la langue russe à l’université de Nantes et est diplômé de l’université russe de l’amitié entre les peuples (RUDN). Ancien conseiller politique au Parlement européen, chargé des questions d’énergie et de politique étrangère dans l’espace postsoviétique.

 

Textes et discours inédits en français

Informations complémentaires

Poids0.45 kg
Dimensions14.5 × 23 cm

Introduction

Introduction

Ce tome des discours et interventions de Vladimir Poutine couvre la période allant de son entrée en fonction comme Président de la Fédération de Russie aux attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis.

Cette période est souvent caricaturée par les commentateurs comme la période « pro-occidentale » du pouvoir de Vladimir Poutine en Russie. Or, le lecteur verra que la réalité est plus complexe et que les fondamentaux du poutinisme étaient bien présents à cette époque : prima du patriotisme, économie de marché et dictature de la loi.

Cette période est celle du lancement des réformes de reconstruction de l’État russe. L’optique suivie par Vladimir Poutine est celle du renforcement du pouvoir central sur l’architecture administrative du pays et de sa prééminence juridique. La réforme clef à cette époque est constituée par la loi du 5 août 2000 qui met fin à la nomination des chefs du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif comme membres du Conseil de la Fédération[1]. En effet avant cette réforme les gouverneurs et les Présidents des Républiques, ainsi que les Présidents des parlements de ces entités fédérées étaient automatiquement désignés sénateurs. La réforme met fin à cet état de choses en prévoyant que dorénavant les 2 sénateurs de chaque entité fédérée seront désignés : l’un par le chef de l’exécutif du territoire, l’autre par le parlement de ce même territoire. Le cumul de fonctions est maintenant interdit.

Cette réforme va avoir pour résultat de priver les gouverneurs et chefs de Républiques d’une grande partie de leur pouvoir d’influence sur le pouvoir central. Leur interlocuteur principal va être le Président de la Fédération de Russie. Cette relation est structurée par les réunions du Conseil d’État, structure consultative autour du Président pour débattre des questions stratégiques intéressant en même temps le pouvoir central et les entités fédérées. Cette instance va d’ailleurs s’avérer un lieu d’élaboration de réformes majeures, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé, compétences partagées entre le pouvoir central et les entités fédérées.

La seconde réforme d’ampleur a été la création des districts fédéraux à la tête desquels ont été placés des représentants plénipotentiaires nommés par le Président et répondant devant lui.[2] Ces représentants ont autorité sur toutes les administrations fédérales dans leur district. Cela concerne en premier lieu les forces de l’ordre (police, service pénitentiaire, service des huissiers de justice, sécurité civile, police fiscale), les administrations fiscales (service des impôts, service des douanes)…

Leur première mission a été de remettre les administrations fédérales aux ordres du Président et du gouvernement central. En effet, durant les années 90, les gouvernements locaux, du fait de l’inefficacité du budget fédéral (non-paiement des salaires, impossibilité de prendre en charge les appartements de fonction…) avaient pris, dans la réalité, le contrôle des administrations fédérales sur leur territoire.

Leur seconde mission a consisté à, aux côtés du bureau du Procureur à faire l’inventaire des actes légaux et réglementaires des entités fédérées contrevenant à la constitution et à la législation fédérales. Ce sont des milliers d’actes qui ont été annulés dans ce cadre (plus de 3000 lois et actes réglementaires régionaux et locaux pour la seule année 2000).

Un autre dossier fondamental pour la société russe va être pris en main par V. Poutine : la question des symboles nationaux. En effet, la Constitution russe prévoyait que cette question devait être réglée par une loi fédérale. Or, le parlement russe, dominé par les communistes et leurs alliés était en opposition frontale avec Boris Eltsine : ce dernier voulait enterrer les symboles soviétiques pour détruire symboliquement le passé totalitaire du pays. Or, les électeurs russes envoyaient des majorités communistes à la Douma, la chambre basse du parlement. La Russie a donc vécu de 1993 à 2001 avec des symboles étatiques provisoires : le drapeau impérial tricolore, la mélodie de l’hymne « Dieu bénisse le Tsar » de Glinka et les armoiries impériales de l’aigle à deux têtes.

Vladimir Poutine, pour régler définitivement cette question décide une formule « inclusive » : le drapeau et les armoiries impériaux sont maintenus et l’hymne sera sur la mélodie de l’hymne de l’URSS, avec des paroles remaniées. Le drapeau des forces armées reprendra sa couleur rouge et les étoiles rouges de l’armée soviétique. Malgré les protestations des intellectuels libéraux, cette formule va pacifier la mémoire nationale et les symboles nationaux seront adoptés, y compris par une bonne partie des communistes russes.

 

À l’époque concernée par ce tome, la seconde guerre de Tchétchénie est encore dans sa phase active, même si le général Trochev, qui commandait les forces russes en Tchétchénie avait annoncé la fin des opérations militaires massives après la bataille de Chatoï, le 29 février 2000.

Vladimir Poutine va prendre à partir du printemps 2000 des décisions permettant le règlement politique durable de la guerre de Tchétchénie. En effet, le mufti[3] de Tchétchénie, Akhmat Kadyrov, après avoir été un dirigeant indépendantiste lors de la première guerre de Tchétchénie, décide de soutenir le gouvernement russe. Il est nommé le 12 juin 2000 chef de l’administration provisoire de la République de Tchétchénie par un décret de Vladimir Poutine[4]. Cette nomination ne fait pas l’unanimité dans l’appareil d’État. Le conseiller de Vladimir chargé du dossier tchétchène Aslambek Aslakhanov est très réservé, pour ne pas dire opposé à cette nomination[5].

Akhmat Kadyrov est entré en conflit avec une partie de l’élite tchétchène à partir de 1998, car les combattants wahhabites venus des quatre coins de la planète et financés depuis le golfe Persique prennent de plus en plus de place dans la vie politique tchétchène. En effet, à cette époque, suite aux accords de Khassavyourt, la Tchétchénie est de factoindépendante. Le gouvernement tchétchène est pleinement souverain sur son territoire. Un axe islamo-wahhabite se forme dans le gouvernement de la Tchétchénie.

Cet axe va de Chamil Bassaev[6] à Zelimkhan Iandarbiev[7]. Sous la pression des wahhabites, le Président d’alors de la Tchétchénie, Aslan Maskhadov, va proclamer le gouvernement de la Tchétchénie par la Charia[8]. Ahmat Kadyrov désapprouve cette politique, contraire selon lui à la tradition islamique traditionnelle soufie de la Tchétchénie.

En août 1999, lors de l’attaque du Daghestan par des groupes armés islamistes opérant depuis la Tchétchénie, Kadyrov exige du Président Maskhadov de prendre un décret interdisant le wahhabisme sur le territoire de la Tchétchénie, expulsant les militants islamistes et combattants étrangers et l’arrestation de Chamil Bassaev, qui commandait cette opération.

La nomination d’un personnage de l’importance et du prestige de Kadyrov comme chef de l’administration russe de ce territoire a été un élément important de victoire de la Russie dans la guerre. En effet, non seulement Kadyrov est un chef religieux très important dans la république. De plus il est un responsable éminent du clan (Teïp) Benoï qui contrôle les régions de Goudermes et Chali et un haut dignitaire de la confrérie soufie de Kunta-Hadji.

En ce qui concerne l’économie, Vladimir Poutine va prendre des mesures de libéralisation et de mise en ordre de l’économie :

– institution de l’impôt sur le revenu proportionnel (13 %)[9] ;

– baisse de l’impôt sur les sociétés (de 35 à 24 %)[10]

– adoption d’une échelle régressive pour le paiement des impôts sociaux (financement de l’assurance maladie, des retraites et de l’assurance-emploi) : plus le salaire est élevé plus le taux est bas.

– diminution des impôts indirects : le nombre d’impôts et taxes en Russie est passé en 2001 de 54 à 15) ;

– délimitation de la propriété publique de la fédération, des sujets de la Fédération, des municipalités ;

– réforme du code foncier réglementant la propriété des terres (hormis les terres agricoles, dont la réforme sera adoptée en 2002) et créant un cadastre des terres permettant de garantir ce droit de propriété ;

La Russie va connaître une période de forte croissance économique en 2000 (+10 %) et en 2001 (+5,7 %). Le pays aura retrouvé son PIB d’avant la crise liée au défaut de paiement de 1998 en 2003 et son niveau de 1991, en 2004.

Un événement est très marquant pour cette époque est la tragédie du sous-marin « Koursk ». La catastrophe du sous-marin nucléaire K-141 «Koursk» s’est produite le 12 août 2000 dans la mer de Barents pendant des manœuvres maritimes. À la suite d’une série de violations des procédures de manipulation de la torpille 65-76A, une explosion d’un mélange oxygène-kérosène s’est produite dans le premier compartiment et un incendie a éclaté, entraînant la défaillance de l’équipage des trois premiers compartiments, y compris le poste de commandement principal. Le navire sans commandement est allé au fond, et l’impact sur lui a conduit à l’explosion des torpilles du sous-marin. Les 118 membres d’équipage sont morts.

Cet événement est une véritable épreuve pour le nouveau Président. Vladimir Poutine va faire face directement aux familles des membres de l’équipage en se rendant à Vidiaevo, la ville de garnison du « Koursk », le 23 août 2000. Il va y prendre l’engagement que le « Koursk » sera remonté à la surface et que les corps des marins seront ramenés à Vidiaevo pour être enterrés dignement. D’ailleurs les spécialistes réunis dans la commission d’État avaient déconseillé cette opération, mais V. Poutine avait imposé sa décision. Cette opération va durer un an et sera terminée le 22 octobre 2001.

 

[1]Le Conseil de la Fédération est la chambre du parlement russe qui représente les entités fédérées de la Fédération de Russie (que l’on appelle aussi « les sujets de la Fédération ». Les membres de cette assemblée sont appelés « sénateurs ».

[2]Créé par le décret Présidentiel N° 849 du 13.05.2000 relatif au représentant plénipotentiaire du Président dans les districts fédéraux.

[3]Mufti : chef religieux musulman sunnite dans les territoires ayant appartenu à l’empire Ottoman.

[4]Décret Présidentiel N° 1100 du 12 juin 2000.

[5]https://sevastopol.su/news/aslambek-aslahanov-nikto-ne-skazhet-chto-ya-strusil?ysclid=lfrerpol8k286382825

[6]Chamil Bassaev (1965-2006) : commandant du front central des forces insurgées pendant la première guerre de Tchétchénie. Premier ministre de Tchétchénie en 1998. Il est le chef de l’aile islamiste des bandes politico-militaires qui se partagent la Tchétchénie à cette période.

[7]Zelimkhan Iandarbiev (1952-2004) : vice-Président de la République de Tchétchénie (1993-1996), puis Président par intérim (1996-1997). Il a créé dissous les tribunaux civils par décret en octobre 1996 pour les remplacer par des tribunaux de la Charia.

[8]Décret Présidentiel N° 39 du 3 février 1999 relatif à l’introduction du gouvernement complet par la Charia sur le territoire de la République de Tchétchénie Itchkerie. Указ Президента ЧРИ №39 от 3 февраля 1999 г. О введении полного шариатского правления на территории Чеченской Республики Ичкерия. Source : Journal tchétchène « Ичкерия. », №3. 18.02.1999.

[9]Loi fédérale N° 110-FZ du 6 août 2001.

[10]Id.

Vous aimerez peut-être aussi…