Nation500

Revenir à la nation

Jean-Louis Harouel

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Collection : Auteur : Pages: 168 ISBN: 9782865532537

Description du produit

Les Européens sont victimes d’un déni de nation. Alors que le modèle de l’État-nation est dominant dans le monde, les peuples européens sont sommés d’y renoncer pour se dissoudre dans l’universel.

Chaque groupe humain a besoin d’un cadre correspondant à son identité, et dons la forme la plus adéquate est aujourd’hui l’État-nation.

Jugée normale pour les États-Unis, la Chine ou l’Inde, la fierté nationale est interdite à la France. Celle-ci, reniant son histoire et sa culture, devient un insipide Hexagoland à la dérive, noyé dans une calamiteuse Union européenne qui n’aime pas les Européens et ne veut pour identité collective qu’une ouverture inconditionnelle à l’autre.

L’exemple de petites nations fières de leur particularisme et résolues à le préserver, comme Israël ou la Suisse, montre que, pour un pays, mieux vaut être seul et déterminé plutôt que mêlé à un groupe confus et tyrannique qui le fait mourir à petit feu.

Le salut de l’Europe passe par la réintroduction d’un nécessaire et légitime particularisme national. Il faut faire revivre les peuples d’Europe, en recentrant l’État sur la nation.

Information complémentaire

Poids 0.22 kg
Dimensions 22 x 14 x 1.3 cm

Extrait

Introduction

Les noms des pays européens demeurent sur les cartes de géographie et les documents officiels. Mais, en réalité, ces pays sont en train de mourir de l’intérieur car on leur a retiré leur colonne vertébrale : la nation. En Europe occidentale, on nous dit que le temps des nations est terminé. On nous explique que nous sommes entrés dans l’ère du post-national[1].

Pourtant, l’État-nation fut à la fois « création et créateur de l’Europe moderne »[2]. La réussite exceptionnelle de l’Europe occidentale dans le domaine de la civilisation s’est construite au cours d’une histoire millénaire principalement dans le cadre des nations.

Pourtant, hors d’Europe, la nation ne s’est jamais si bien portée. Le modèle européen de l’État-nation s’est répandu à travers le monde. Dans la seconde moitié du XXe siècle, le nombre des États-nations s’est trouvé grandement multiplié par la décolonisation, si bien que l’« identité nationale devint un patrimoine mondial »[3]. Pourquoi la nation aurait-elle cessé d’être bonne pour l’Europe occidentale, alors qu’elle est bonne pour les États-Unis, la Chine, l’Inde, Israël et bien d’autres ?

De surcroît, ces nations sont très satisfaites d’elles-mêmes. Les États-Unis se considèrent comme « la seule nation indispensable », ainsi que l’a proclamé Bill Clinton lors du discours d’investiture de son second mandat présidentiel, en novembre 1993. Cette idée de l’Amérique comme la « nation indispensable » a  été reprise en plusieurs occasions par le secrétaire d’État Madeleine Albright. Quant à la Russie, elle a été affirmée nation « indispensable » à l’ordre mondial par Vladimir Poutine devant le Club Valdaï, en septembre 2013. La fierté des nations asiatiques ne cède en rien à celle des Américains et des Russes. En particulier, même si « nos vieilles nations post-historiques ont du mal à le comprendre », les passions politiques ont une vigueur intacte en Chine et le nationalisme chinois « déploie une rhétorique agressive au service de la mobilisation patriotique »[4]. Justement fière de sa très vieille et brillante civilisation, la Chine est animée du sentiment d’une immense supériorité nationale, conforté par l’extraordinaire décollage économique intervenu depuis le début des années 1980.

Inversement, sans que les peuples concernés aient été consultés, les nations européennes sont entrées dans un processus de désintégration programmée, prétendument conforme à une loi de l’histoire. Mais une loi qui ne concerne apparemment que l’Europe occidentale ! Les nations européennes sont captives des chaînes qu’elles se sont elles-mêmes données dans le but de se dissoudre dans l’universel. L’estime de soi, que l’on prêche surabondamment aux individus dans une vaste littérature psychologique[5], est radicalement refusée aux nations européennes. Toute fierté, tout particularisme sont interdits aux peuples européens. On ne leur reconnaît qu’un devoir d’universalisme.

Or l’amour cosmique n’est pas la justice. Le juste exige un cadre humain et territorial à la fois délimité et le plus homogène possible, dont la forme la plus réussie est l’État-nation. Le fait que l’amour universel n’est pas la justice a été mis en évidence par un rabbin italien d’origine marocaine, mort en 1900, Élie Benamozegh. Partant de l’exemple juif, il considère que la justice ne peut se réaliser vraiment que dans le cadre de la nation et sous le régime de la loi nationale. Garant de la loi, l’État est responsable de la justice. Dans la mesure où elle prétend nier la nation, la fraternité universelle refuse sa légitime part au principe de la justice[6].

L’effacement de la nation entraîne la montée de l’injustice. L’amour universel provoque une injustice envers les membres de la nation. L’État trahit la nation en devenant l’État de l’autre avant d’être celui des nationaux. Il est contraire à l’idée de justice que les contribuables d’un pays soient accablés d’impôts pour financer les aides et prestations à des personnes venues d’autres pays et parfois en situation illégale, qu’on laisse s’incruster au nom de l’amour cosmique. Il est contraire à l’idée de justice que la sécurité des personnes et des biens à l’intérieur du territoire, qui est une conquête majeure de l’État-nation, soit compromise par l’abolition des frontières au nom de l’universel. Il est contraire à l’idée de justice que les entreprises d’un pays puissent délocaliser leur production sans acquitter de contrepartie pour le tort qui est ainsi causé au pays : amputation de la production nationale, privation d’emplois et donc de revenus pour la population.

Un peuple ne peut survivre durablement en pratiquant un altruisme unilatéral. Un peuple ne peut pas s’enfermer longtemps dans une conception irénique du monde selon laquelle on n’a que des amis ; selon laquelle les pays riches doivent aider les pays pauvres à devenir riches, quitte à s’appauvrir ; selon laquelle les pays riches doivent accueillir à bras ouvert les gens des pays pauvres désireux de venir s’installer chez eux pour vivre mieux sans faire l’effort de s’assimiler.

L’existence des nations ne remet pas en cause l’idée de l’unité du genre humain. Raymond Aron jugeait que « l’idéal d’une humanité, consciente de sa solidarité, ne contredit pas le fait d’une humanité divisée en nations conscientes de leurs particularité et de la valeur de ces particularités »[7]. L’amour particulier n’est pas éthiquement inférieur à l’amour cosmique. Tous deux ont leur grandeur. Tous deux ont leur monstruosité : l’une s’appelle nazisme, l’autre communisme.

La dialectique du particularisme national et de l’universalisme recoupe celle du judaïsme et du christianisme. Dans le premier, on a une fraternité à l’échelle d’un peuple ; dans le second, on a une fraternité universelle. Mais la fraternité juive est codifiée par le droit, tandis que la fraternité chrétienne est laissée à la libre conscience de chacun. Donc, deux amours : celui du groupe national et celui de l’humanité. Leur coexistence dans l’esprit de chacun est souhaitable. La réussite historique de l’Europe a reposé sur une transaction entre universalisme chrétien et particularisme juif.

Mais il y a un point de rupture où le choix devient inévitable. Quand le groupe national est gravement en danger, l’amour particulier doit l’emporter sur l’amour universel. L’humanité n’est pas en danger de périr, mais une nation peut être menacée dans son existence, et elle doit être alors inconditionnellement défendue par les siens.

Les termes de nation et de patrie sont pratiquement interchangeables. Au niveau de la signification, il n’y a pas grande différence entre eux. La patrie est la terre paternelle, la nation est le peuple auquel on appartient par sa naissance. L’idée héréditaire rassemble les deux termes, dont les significations se recoupent. Parmi les sens du mot « patrie », Littré donne cette définition : « La nation dont on fait partie »[8].

Jusque vers la fin du XIXe siècle, aussi bien la nation que la patrie appartenaient au registre des idées de gauche. L’amour de la patrie et le dévouement à la nation s’opposaient à la conception traditionnelle héritée de l’Ancien Régime selon laquelle la fidélité était exclusivement due au roi, en qui s’incarnait l’universalité de la nation. Le nationalisme est né à gauche. Mais la « blessure de Sedan » a provoqué « le passage à droite de l’idée nationale ». En conséquence, la gauche a répudié le terme de nation, ne conservant que celui de patrie pour bien marquer sa différence. Maître d’œuvre de la construction de l’école de la IIIe République, Ferdinand Buisson intitule en 1902 un de ses discours : Pourquoi nous sommes patriotes et ne sommes pas nationalistes[9].

Choisir le mot « patrie » en affectant de rejeter le terme « nation » revient simplement à marquer son ancrage à gauche et exprimer son antipathie pour la droite. Sur le fond, le débat sur l’emploi de nation ou de patrie est une fausse querelle. Les deux mots ont sensiblement le même sens.

La réalité du fait national est indiscutable. Certes, les sociétés démocratiques sont « traversées par une dynamique individualiste qui atomise le corps social et  dissout le collectif ». Mais cela n’empêche pas la « réalité peu contestable [des] “consciences nationales” », qui a pour conséquence que, même en s’affirmant « avant tout comme un individu, cette affirmation contient aussi une référence au fait que [l’on est] français, anglais, italien … ». Il est impossible de nier l’existence des nations, ces « entités supra-individuelles mais individuées (irréductibles les unes aux autres) » [10].

Prisonniers du devoir d’universalisme auquel les condamne l’idéologie post-chrétienne, les Européens sont  victimes d’un déni de nation. L’avenir des pays européens n’est aujourd’hui pas concevable en dehors du retour à la pleine souveraineté de l’État-nation. Et leur guide le plus sûr en la matière est l’actuel État d’Israël.

En prenant modèle sur lui, les peuples européens ne feraient au demeurant que renouer avec leur histoire de nations chrétiennes. C’est la greffe de l’Évangile sur la Thora qui a fourni aux Européens les éléments qui leur ont permis d’édifier une grande civilisation intellectuelle et matérielle. En dissociant le religieux du politico-juridique, Jésus a posé les bases de la liberté de l’esprit, condition du libre développement de l’intelligence. Et, parallèlement, la Bible, récit d’une histoire nationale, manuel d’énergie nationale, a été le fondement des nations européennes, au sein desquelles est née et s’est épanouie la civilisation moderne.

Il y avait dans les valeurs évangéliques le risque de dérives individualistes productrices d’électrons libres dans une humanité cosmique. Cela a été contrebalancé par le legs juif, porteur de l’idée d’appartenance à un groupe humain précis. C’est seulement en recentrant l’État sur la nation, conformément au modèle juif antique comme actuel, qu’il sera possible de faire revivre les nations de l’Europe.

[1] J. Habermas, Après l’État-nation, Paris, 2013 [2000].

[2] E. Morin, « L’État-Nation », Théories du nationalisme, dir. P.-A. Taguieff et G. Delannoi, Paris, 2010, p. 319.

[3] S. Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Paris, 2008, p. 65-66.

[4] E. Dubois, Causeur, n° 1, avril 2013, p. 25.

[5] Par exemple : C. André, L’estime de soi, Paris, 1999 ; Imparfaits, libres et heureux (Pratiques de l’estime de soi), Paris, 2006.

[6] Morale juive et morale chrétienne, 1867. Cité par J. Teixidor, Le judéo-christianisme, Paris, 2006, p. 164-165.

[7] R. Aron, Paix et guerre entre les nations, Paris, 1962, p. 736.

[8] É. Littré, Dictionnaire de la langue française, Paris, 1883.

[9] P. Cabanel, « La gauche et l’idée nationale », Histoire des gauches en France, dir. J.-J. Becker et G. Candar, vol. 1, L’héritage du XIXe siècle, Paris 2004, p. 515-516.

[10] A. Renaut, « Logiques de la nation », Théories du nationalisme, dir. P.-A. Taguieff et G. Delannoi, Paris, 2010, p. 31.