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Aux origines de l’art contemporain : le retour du nomadisme

Par Alain Paucard

Allain Paucard est auteur, journaliste, romancier. Il aime, l’esprit, la langue, il a le goût malicieux de déplaire. Il est le fondateur du Club des ronchons, il est réactionnaire et fier de l’être et pour cela tant de choses pas convenables à dire. Son explication de l’existence de l’Art contemporain, mérite que l’on s’y attarde.

« La disparition du souvenir est la raison profonde du prétendu art dit contemporain » AP

 Le général Gallois, en poste dans les années 30 au Sahara, se moquait de l’admiration des Européens pour les « Hommes bleus », qui laissaient les oasis dans un état de saleté après leur départ du point d’eau. Un nomade ne se soucie pas du décor puisqu’il le quitte.

  La Beauté est apparue avec l’établissement sédentaire, grâce au travail de la terre. Des villas romaines aux châteaux du XVIIIe siècle, à la douceur de vivre incomparable selon Talleyrand, c’est toute l’histoire de la décoration qui se raconte, par l’équilibre des formes, l’unité des lignes de force, et surtout les fresques, sculptures, peintures, mobilier, vaisselle, etc. C’est un monde qui croit qu’il durera éternellement. Il n’est jusqu’au calendrier des Postes qui illustre le mouvement. Et quand l’homme du peuple, justement facteur, entreprend de reproduire les thèmes des cartes postales, on atteint à une réelle création. Il faut toujours préférer le facteur Cheval au mouvement Dada.

  Les châteaux-forts, présentés comme des instruments d’intolérance, de cruauté, les « culs de basse fosse », qui n’étaient jamais que des caves à vin, étaient là pour accueillir le peuple en cas d’invasion, dans un marché donnant donnant : tu travailles la terre, je te protège. Les châteaux-forts, puis les châteaux, n’étaient pas habités uniquement par leurs propriétaires et quelques gardes, mais par tout ce qui représentait le travail en société : famille et proches, voyageurs de passage dont les poètes et les musiciens, ecclésiastiques et maître de chapelle qui organisent le calendrier liturgique, précepteurs et maîtres d’armes pour l’éducation des fils, domestiques, valets, gens de ménage, un maître-queue, des cuisiniers, un maître de chais et un échanson. Tout ce monde se déplace. On ajoute des chevaux servis par des cochers, des palefreniers, un maréchal- ferrant. Tous ces gens apprennent et transforment le goût. Mes grands-parents maternels se sont connus domestiques au Château de Menou (Nièvre) qui ne se visite pas. Arrivés pauvres en 1920 à Paris, ils devinrent membres des classes moyennes simplement en travaillant. Ma grand-mère me fit visiter des musées et me montra les tableaux de Le Nain et aussi, bien sûr, les Flamands. Quant à nos Watteau, Fragonard, Boucher, ils sortent directement du plus beau château du monde : Versailles.

  L’art dit « pompier », art officiel de la bourgeoisie triomphante, montante, n’est pas sans talents (Gervex, Hébert, Meissonnier). L’art « réaliste socialiste »,  art officiel du communisme, mentait mais parfois avec génie (S.M. Eisenstein). L’art « contemporain », art officiel de la mondialisation, n’a même pas à mentir. Il est « ultradémocratique » puisqu’il professe que chacun, même un enfant, peut « créer ».

  Le capitalisme, nécessaire aux développements des Nations, a changé de nature : il est devenu financier, donc destructeur des particularités nationales. Un capitaliste financier est un individu pressé, qui, dans ses déplacements mondiaux, n’a pas de temps pour visiter des villes où il ne fait que dormir entre deux réunions. Pour ne pas être dépaysé, il doit utiliser les mêmes tours de verre à Shangaï, Singapour, New-York, Los Angeles, La Défense, etc. Ces tours ont été pensées par les socialistes allemands, protestants donc, du Bauhaus et aussi par le criminel du béton Le Corbusier qui a écrit : « La même maison pour tous les pays et tous les climats ». Traduction : le même oasis pour tout le monde. La retransmission télévisée du Tour de France, grâce aux hélicoptères et aux drones, nous prouve que le style des maisons françaises change tous les 150/200 kilomètres parce qu’elles sont fabriquées avec un matériau issu du sol et construites en fonction du climat : toits pentus pour les régions pluvieuses,  plats pour les ensoleillées.

  Le but réel du décor, c’est de perpétrer les souvenirs, peut-être seulement les réminiscences. Cela n’a aucune importance pour un nomade de Davos et si, de nos jours, on dispose, sur une place ou un hall d’hôtel, une « sculpture » – ils disent un « geste » – représentant une roue de vélo plantée dans un tabouret de cuisine, ou une poupée gonflable avec deux visages et trois paires de seins, le souvenir n’existe pas. La disparition du souvenir est la raison profonde du prétendu art dit contemporain (PADC).

  La raison d’être des colonnes de Buren – ou d’autres incongruités – n’est pas seulement de choquer le public, elle consiste à placer le signe = entre le Palais-Royal, son histoire, même suspecte quand le duc d’Orléans fournissait à cette crapule de génie, Choderlos de Laclos, l’argent nécessaire à une prétendue marche des femmes sur Versailles, composée surtout de prostituées grimées et de souteneurs à moustache (Taine). C’était déjà de l’art contemporain puisque le réel était détourné au profit d’un discours.

  Dans les tours de verre de la modernité, les mêmes chambres fonctionnelles, les mêmes services, y compris sexuels, sont au service de l’utilisateur – là, rien à dire – et non à la tradition sédentaire. Le paysan savait que ce qu’il ne parviendrait pas à réaliser ses enfants le tenteraient et après eux, les petits-enfants et la suite. C’était d’ailleurs le principe de la Monarchie.

                                                                             Alain Paucard