L’an 330 de la République

Maurice Spronck

 12,00

Collection : Auteur : Pages: 128 ISBN: 9782865532629

Description

En 2192, l’an 330 de la république, la France et l’Europe se sont assoupies dans la mollesse, les jeux de l’esprit, les loisirs et les drogues. Les Etats souverains ne sont plus qu’un lointain souvenir, on est passé du gouvernement des hommes à l’administration des choses, et ce qui reste de pouvoir est assuré au niveau municipal. Mais en dépit des progrès de la science, il subsiste des prédateurs, alléchés par ce qui est devenu une proie facile. Ces barbares, des musulmans intégristes menés par un chef charismatique, vont profiter de la décadence de l’Occident pour le mettre à sac et pour le détruire.

Écrit en 1894, ce petit roman sombre, ironique et nerveux se lit comme un thriller, et suscite une question : comment a-t-on pu ignorer aussi longtemps ce texte, qui ressemble à une prophétie, ou un avertissement ?

Présenté par E.Marsala:

Journaliste à Causeur, E. Marsala a consacré de nombreux articles à l’utopie et à ses dérives. Son roman contre-utopique, ImagineNote confidentielle sur les événements du 6 et 7 février 2022, que l’académicien Jean Dutourd déclarait « plus effrayant qu’Orwell », avait été salué par la presse comme « totalement désespérant » et « parfaitement jubilatoire ».

Informations complémentaires

Poids 0.15 kg
Dimensions 20 x 13 x 1 cm

Extrait

Les événements d’Andalousie

Des dissentiments aigus existaient, depuis plusieurs années, entre els trois communes d’Almeria, de Motril et de Malaga d’une part, et le sultan du Maroc d’autre part. Les perpétuels brigandages commis par les sujets de ce dernier avaient fini par lasser la patience des villes du littoral. Fatiguées de sentir leurs réclamations inutiles, de voir leurs ambassades mystifiées ou même grossièrement éconduites par les fonctionnaires marocains, elles se décidèrent à les menacer de représailles. Moins de deux semaines après, quatre jeunes filles malagaises étaient enlevées par des pirates et leur famille massacrée : on se décida à agir ; une barque appartenant à des pêcheurs de Ceuta fut saisie, et les hommes qui la montaient gardés à vue.

Cette manifestation d’énergie causa plus d’émotion sur la côte espagnole qu’en Afrique. Les Andalous, effrayés par leur propre audace, terrifiés à l’idée de ses conséquences possibles, vécurent dans les pires transes, attendant d’une minute à l’autre la vengeance du sultan. Afin d’adoucir au moins sa fureur, ils comblèrent d’égard leurs prisonniers, les entourèrent de soins, leur prodiguèrent toutes les jouissances du luxe le plus raffiné ; si bien qu’au bout de huit jours de détention, six de ces sauvages sur onze étaient tombés malades par suite d’excès de table. Un d’eux, en dépit des médecins, alla même jusqu’à mourir en quarante-huit heures de vingt-sept glaces à la framboise, hâtivement ingérées.

L’annonce de cet accident ne contribua pas à calmer l’inquiétude générale des populations. Les habitants de Malaga tremblèrent de sentir peser sur eux le soupçon d’empoisonner leurs otages ; ils entendaient déjà leurs voisins les accuser de compromettre, par imprévoyance et maladresse, al bonne renommée de toute la péninsule ibérique ; en ces conjonctures, leur attitude fut ferme et calme ; ils jetèrent courageusement à la porte le conseil municipal en fonction et en nommèrent un nouveau.

Celui-ci entra aussitôt en séance, et, après cinq heures de discussions houleuses, il vota un ordre du jour d’où il résultait que la situation était grave, non pas pourtant désespérée, mais susceptible néanmoins de le devenir. Le lendemain, il décida d’élire une commission chargée d’examiner la meilleure voie à suivre pour entrer en pourparlers avec Sa Majesté Chérifienne. Le rapport de cette commission fut unanimement approuvé, quand on le vit conclure à l’élargissement des dix prisonniers de Ceuta ; d’abord on commençait à les trouver embarrassants : ensuite, on pensa que cette démarche serait appréciée par leur gouvernement comme une marque de courtoisie et une preuve d’intentions pacifiques.

Ces sages efforts devaient cependant rester vains. Tandis que les communes andalouses se préparaient à toutes les concessions non incompatibles avec leur dignité, le sultan, soutenu par les deys d’Alger et d’Oran, mobilisait ses troupes, les concentrait aux divers points d’embarquement les plus favorables, et réquisitionnait pour leur transport jusqu’au Moindres bâtiments de commerce. Cette activité suspecte était matériellement impossible à dissimuler d’un bord à l’autre du détroit de Gibraltar ; ceux contre qui elle était dirigée ne l’ignorèrent pas. Ils s’obligèrent à ne rien voir et à ne rien dire pour ne pas s’épouvanter eux-mêmes ; puis, passant brusquement de leur sécurité feinte à un affolement très sincère, ils se résolurent à ne pas prolonger plus longtemps un si intolérable état de choses.

On convoqua des réunions publiques ; on créa des commissions nouvelles, on rédigea un premier programme politique qui fut mal accueilli, et remplacé immédiatement par un second qui fut beaucoup mieux reçu ; les municipalités se déclarèrent en permanence, et tombèrent d’accord pour se concerter sur les mesures à prendre ; seulement, elles faillirent se brouiller en étudiant la question du meilleur mode de scrutin (…)

 

Un tribunal arbitral fut institué (…) Pour ne point se laisser prendre au dépourvu, il vota trois résolutions ; premièrement : d’envoyer à Sa Majesté Chérifienne une lettre officielle destinée à faire impression sur son esprit, en lui signalant la gravité des événements qui allaient se produire et dont Elle seule porterait la responsabilité devant l’histoire ; secondairement : d’en appeler aux sentiments de solidarité de l’Europe entière ; troisièmement : de vérifier le nombre et l’état des contingents mercenaires, et de les renforcer en leur adjoignant tous les citoyens libres que les médecins déclarèrent à peu près valides et bons pour le service (…)

Il est triste, aujourd’hui encore, de songer que toute cette activité fiévreuse était dépensée en pure perte. Aucun argument d’humanité ou de justice ne prévalut contre le fanatisme brutal du sultan. Il voulait la guerre quand même ; il l’avait prévue et préparée de longue date ; dés que le moment lui parut opportun, il la déchaîna sans scrupule.

A vrai dire, ce fut moins une guerre qu’une simple prise de possession.