Vers l’autodéfense, le défi des guerres internes

Bernard Wicht

15,00 

Collection : Auteur : Pages: 144 ISBN: 9782865533206

Description

Depuis la fin du XXe siècle, le capitalisme financier triomphant a vidé les États de leur substance, les empêchant de remplir leur fonction de protection de leurs populations. Dans l’espace laissé vide, une violence anarchique et capillaire s’est engouffrée. N’étant plus canalisée par le monopole étatique, elle se traduit par un continuum de guerres internes se déroulant au sein même des sociétés. Dans ces conditions, la stratégie doit en revenir aux questions premières : se défendre, identifier l’ennemi et, également, faire société dans un environnement où la nation ne constitue plus un cadre suffisant pour ancrer la cohésion des groupes sociaux, où ce n’est plus l’État, mais l’individu qui est dorénavant l’acteur de la guerre.

Bernard Wicht nous emmène ainsi sur les traces de l’autodéfense et de son articulation lorsque le citoyen n’est plus un soldat, mais un simple contribuable — autrement dit, un « homme nu » coincé entre les dérives de l’État-policier et le pouvoir arbitraire des nouveaux barbares (narco-gangs, groupes armés, terroristes). Bernard Wicht s’efforce ainsi de mettre en évidence les ressorts de cette autodéfense dont dépend aujourd’hui notre destin.

« exister, c’est résister »

José Ortega y Gasset

La révolte des masses

Informations complémentaires

Poids0.2 kg
Dimensions20 × 13 × 1 cm

introduction

Introduction

Selon la description faite dans le prologue, nous vivons une période de césure historique de grande envergure, la fin d’un cycle pluriséculaire de domination occidentale. La déflagration qui en résulte se répercute au niveau de la stratégie, provoquant ce qui s’appelle généralement une « rupture ». Il faut donc essayer de se représenter l’ampleur de cette dernière et les mots tsunami et raz-de-maréeviennent immédiatement à l’esprit. Pour faire court, la guerre transite de l’infiniment grand (apocalypse nucléaire) vers l’infiniment petit (attaque à la machette) : c’est le passage des affrontements de masse réglés et codifiés entre États à ceux beaucoup plus anarchiques et moléculaires liés à la désintégration des sociétés.

En termes institutionnels, une telle transition s’explique en grande partie par l’affaissement, voire la disparition des structures et du système qui canalisaient la violence : l’État-nation d’une part, et l’ordre international westphalien d’autre part. Le premier en garantissait le monopole et l’usage exclusif sur son territoire, le second assurait qu’au niveau international seule la guerre entre États soit reconnue comme forme légitime de violence, toutes les autres étant rejetées avec vigueur (les différentes formes de justice privée, la piraterie, mais aussi le mercenariat indépendant qui se voit peu à peu intégré dans l’organisation étatique). Or, la perte de légitimité de l’État-nation et la fin du système westphalien amènent le retour d’une violence anarchique qui n’est plus ni canalisée, ni contrôlée et encore moins monopolisée.

Les guerres interétatiques n’étant plus la règle, certains parlent dès lors d’un continuum de guerres civiles pour caractériser la situation nouvelle, celle d’une violence quittant le niveau des États pour s’insinuer à l’intérieur des sociétés. D’autres encore font référence à un nouveau Moyen Âge succédant à la période moderne afin d’expliquer que, « libérée » du monopole stratonational, la violence redevient un « marché » avec des opérateurs privés ou non étatiques, des milices ou des bandes criminelles offrant leurs services contre une rémunération de type mafieux (racket). Elle est dorénavant à la disposition de ceux qui peuvent se payer les moyens de faire la guerre (des mercenaires aux seigneurs de guerre en passant par les mouvements terroristes, les groupes armés, les gangs et les narcoguérillas). Dans ces conditions évidemment, la distinction guerre/crime disparaît et la violence devient alors internationale et privée, n’obéissant plus ni aux règles westphaliennes ni à celles de l’État.

En l’espèce, et c’est sans doute l’un des traits les plus marquants de ce nouveau Moyen Âge, cette violence internationale privée se caractérise par le grand retour du mercenariat, que ce soit sous forme entrepreneuriale (sociétés militaires privées) ou quasi criminelle avec des armées privées vendant temporairement leurs services à un parrain[1] ou pratiquant le racket mafieux. Elle est un marché au même titre que le pétrole ou les minerais précieux. Elle appartient à ceux qui peuvent s’en offrir les outils et, par là, imposer leur conception de l’ordre (mafieux) et de la loi (du plus fort). Il est ainsi possible de paraphraser Mao en disant que, dans de telles circonstances, le pouvoir est au bout du fusil. Il est aux mains de ceux qui détiennent les armes et le financement nécessaire qui l’accompagne, notamment via le crime organisé et l’économie grise.

Du point de vue militaire, tous ces changements ne sont évidemment pas sans conséquence. Comme nous avons pu le dire dans l’étude consacrée à la révolution militaire en sous-sol[2], les formes irrégulières d’organisation militaire sont devenues la règle et cette mutation des acteurs de la guerre a une importante dimension sociopolitique : elle traduit l’échec du nation-building non seulement dans le Grand Sud (Afrique, Proche et Moyen-Orient), mais également dans les franges peu intégrées des sociétés occidentales (le modèle Banlieue 13). Ceci concerne tant le sous-prolétariat majoritairement afro-américain des grandes villes des États-Unis que celui issu de la migration extraeuropéenne dans les banlieues des métropoles d’Europe occidentale. Au Sud comme au Nord, ces populations n’ont pas réussi à « accrocher » le train de la mondialisation et, en réaction, se sont tournées vers des formes d’organisation plus primitives ainsi que vers l’économie grise et informelle pour leur subsistance. C’est ce terreau qui fournit aujourd’hui les combattants de ces nouvelles « unités militaires » que sont les gangs urbains, les narcoguérillas et les groupes armés islamo-djihadistes.

 

 

 

 

Table des matières

Prologue : Une crise d’envergure séculaire

  • Le précédent médiéval
  • Le déclin de l’État-providence
  • Trend séculaire et sécession des périphéries

Introduction

  • Changement d’échelle
  • Primat de l’autodéfense

Chapitre I : La guerre de 4e génération

  • Un continuum de guerres civiles
  • L’intention d’extermination 

Chapitre II : Scénarios de guerres en Europe

  • La relégation de l’Europe
  • Une dialectique empires/barbares
  • La tumeur géopolitique 

Chapitre III : De la défense à l’autodéfense

  • Capitalisme contre économie de marché
  • Du welfare au warfare
  • Qu’est-ce que l’autodéfense ?
  • « Faire société »
  • Autodéfense & loi des petits nombres
  • La dimension tellurique 

Chapitre IV : L’identification de l’ennemi

  • Retrouver la membrane cellulaire
  • La matrice libanaise

 

 

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