La grande crise monétaire du XXIe siècle a déjà commencé ! – Format eBook (ePub, Mobi Kindle)

Pierre Leconte

 8,90

Collection : Auteur : Pages: 152 ISBN: 9782865532018

Description

Livre au format papier épuisé,
mais uniquement disponible au format eBook (ePub et Kindle).

L’abandon progressif de l’étalon-or et des taux de changes fixes depuis le début du XXe siècle a provoqué un vertigineux tourbillon: perte constante du pouvoir d’achat de toutes les devises; pyramides de crédit gagés sur le néant; déséquilibres monétaires, économiques et sociaux majeurs à l’intérieur des Etats et entre pays; « capitalisme fou »; mondialisation monopolistique et les guerres les plus meurtrières de l’Histoire!
La crise des crédits gagés sur les emprunts immobiliers américains d’août/septembre ne fait que commencer. Elle sera suivie de l’effondrement du dollar, puis de toutes les monnaies de papier, les unes après les autres. Si la réforme complète du Système monétaire international n’est pas entreprise au plus vite, la Chine deviendra le « maître du monde » avec la complicité résignée des Etats-Unis, leuro implosera et l’Europe perdra sa puissance économique et politique.
Pierre Leconte, en praticien et en théoricien des questions monétaires, nous prévient que nous sommes déjà entrés dans la Grande Crise monétaire du XXIe siècle, dont les effets seront pires que ceux de la Crise de 1929. Il nous donne quelques conseils pour protéger notre patrimoine et éviter qu’il ne parte en fumée.

Site web de l'auteur

www.forum-monetaire.com

Extrait

Chapitre 6

Un rapide passage en revue des bombes à retardement qui exploseront nécessairement.

De la bulle financière, du krach obligataire et de l’inévitable crise systémique globale.

La crise systémique générale provenant de l’implosion de la machine américaine à produire de la dette est en bonne voie. Tant sur les marchés des taux d’intérêts à court, et surtout long terme, que sur les pertes déjà enregistrées et à venir des grandes institutions financières. Le ralentissement économique américain (croissance annuelle du PIB prévue dans le meilleur des cas à 2% pour 2007 et à 1% pour 2008) ne pourra pas être évité par les manipulations de la Federal Reserve, dont l’injonction de liquidités et/ou la baisse des taux d’intérêt à court terme supplémentaires n’auront désormais comme seuls effets que d’augmenter l’inflation interne aux Etats-Unis, de faire monter les taux à long terme américains[1] et d’accélérer la chute du dollar sur les marchés des changes. La Fed s’est fait ravir les instruments avec lesquels elle parvenait jusqu’ici, avec plus ou moins de succès, à manipuler les marchés. C’est donc dorénavant le reste du monde, en particulier les pays aux balances commerciale et des paiements fortement excédentaires, qui va décider du niveau des taux d’intérêt américains et de l’avenir économique de la « République impériale ». Pour caricaturer, le destin du plus grand pays capitaliste du monde est maintenant dans les mains du plus grand pays communiste ! Les pères du « Rêve américain », là où ils sont, doivent en frémir…

Dans un premier temps, les dégâts ne se limiteront pas aux Etats-Unis. Ainsi, ceux des pays européens (Espagne, Royaume-Uni, Pays-Bas), dont les prêts immobiliers sont majoritairement consentis à taux variables et dont la surévaluation des prix de l’immobilier et l’endettement des ménages dans ce secteur sont considérables,[2] risqueront la faillite partielle de leurs systèmes bancaires et la chute de leur consommation intérieure, sur fond de paupérisation de leurs populations, dont les banques centrales européennes et britannique porteront la responsabilité principale pour avoir follement encouragé de telles dérives.

Jacques Attali expose, dans son livre précité, que « le rapport entre l’économie financière et l’économie réelle augmente massivement, passant aux Etats-Unis de 2 en 1970 à 50 en 2006. Les transactions financières internationales représentent, en 2006, 80 fois le volume du commerce mondial, contre 3,5 fois en 1997, ce qui signifie que le volume du commerce mondial annuel ne représente plus que 4,3 jours de transactions sur les marchés des devises, des titres et des options diverses ».

L’ensemble des marchés obligataires mondiaux représentant, selon une étude récente de Greenwich Associates, le montant considérable de 25000 milliards de dollars (contre 290 seulement en 1952, date du début de ladite étude) sur une masse totale de près de 160000 milliards de dollars d’actifs financiers internationaux (soit trois fois le PIB de la planète), on imagine facilement le cataclysme qui adviendra un jour, qu’aucune banque centrale ne pourra alors arrêter puisque la totalité de leurs réserves ne sont que de 5600 milliards de dollar, lorsqu’une telle avalanche dévalera par suite d’une crise ouverte de l’endettement international consécutive à un fort relèvement des taux d’intérêt à long terme, lesquels, dépendant de la loi de l’offre et de la demande, ne peuvent être manipulés ou contrôlés par personne.

En effet, la cassure du Système monétaire international séculaire et la gestion chaotique de ses soubresauts par les banques centrales ont eu pour effet principal la création d’une gigantesque bulle financière que plus personne n’est en mesure de stopper, sauf à changer radicalement de Système. Ce qui fait dire à Pascal Salin, dans son article du 29 août 2007 publié par Le Figaro intitulé Dans la crise financière, les banques centrales ne sont pas innocentes, « au lieu d’interpréter la bulle financière comme un phénomène purement autonome qui éclate soudain à la suite d’une crise de confiance, il convient d’analyser la bulle comme le résultat d’une politique éminemment cyclique. Ce ne sont pas les marchés financiers qui sont instables et court-termistes, ce sont les autorités monétaires qui introduisent l’instabilité sur les marchés financiers et qui prétendent ensuite les sauver par leurs interventions ». Lorsque le dollar et les obligations américaines entreront réellement dans une spirale de chute incontrôlable, la grande bulle financière suivra le même chemin, provoquant un credit crunch aux proportions telles que le krach de Wall Street en 1929, qui ne mettait en jeu des sommes insignifiantes par rapport aux masses actuelles, apparaîtra comme une aimable partie de campagne entre Hudson et East River ! Revenant sur la crise de 1929, on se souvient qu’elle eut une origine purement monétaire qui a fait écrire à Jacques Rueff : « une immense création de pouvoir d’achat sans cause a poussé joyeusement le monde dans le ‘‘boom’’ des années 1928/1929 et provoqué, non pas une hausse générale des prix, mais une envolée spectaculaire du cours des actions sur les marchés financiers. Mais il était évident que la duplication du pouvoir d’achat ne pouvait se produire indéfiniment et ce fut l’effondrement ». C’est alors que le monde passera de la stagflation à la récession globale, qui probablement n’épargnera que certaines régions, Asie-Pacifique, voire Russie et Amérique latine, dont les ressorts de la croissance économique plus autocentrée seront moins affectés qu’ailleurs.

En août 2007, nous avons assisté à la première débâcle d’envergure de la dette privée dans les pays avancés depuis l’avant Seconde Guerre mondiale. Lorsque le même phénomène atteindra la dette publique, ce sera The Big Credit Crunch. Puisque les Etats, n’ayant plus les moyens de financer leur propre endettement par des émissions constantes d’obligations publiques à des taux d’intérêt dérisoires, en auront encore moins pour soutenir les émetteurs d’obligations privées qui, eux aussi, devront mieux rémunérer leurs souscripteurs. Les émetteurs publics et les émetteurs privés, entrant en compétition, se livreront alors à toutes sortes de surenchères pour attirer l’argent des ménages (de plus en plus vieillissants) encore disponible, qui aura tendance à se réfugier dans les actifs réels ou à faire l’objet d’une stérilisation générale dans l’épargne de précaution. Les projets d’investissement par les entreprises seront regardés à la loupe et bien peu d’entre eux seront retenus. Cumulativement, l’économie s’affaiblira et la dette publique, qui devra alors être monétarisée,[3] explosera. Pendant que les mauvaises créances des banques privées, qui ne peuvent pas les monétariser, devront être parquées dans des structures de défaillance en attendant que leurs profits repartent pour les annuler les unes après les autres. C’est ce qui se passa au Japon dans les années 1990, dont l’économie entra en déflation par suite de l’implosion de la double bulle des prix de l’immobilier et du crédit, dont le ratio de la dette publique avec le PIB suite à sa monétarisation monta au ciel (pour atteindre actuellement près de 170%), alors même que tout le système bancaire domestique se mit à crouler sous les mauvaises créances. A noter que la baisse des taux d’intérêt à court terme à presque zéro par la banque centrale du Japon, non seulement ne changea rien à sa situation économique mais ne parvint pas à éviter la chute des actions japonaises. Incidemment, l’expérience du Japon, qui appliqua presque toutes les recettes du keynésianisme, en particulier des politiques de grands travaux, fut aussi le tombeau des idées de John Maynard. 

De la forte instabilité des marchés d’actions et des méthodes de manipulation employées par les banques centrales pour tenter d’éviter leur chute.

Les marchés d’actions, qui jusque-là auront vraisemblablement pu continuer de se stabiliser, mais avec une volatilité accrue, voire de monter pour certains d’entre eux, seront alors partout très négativement affectés, dans des proportions évidemment différentes selon les régions du monde, inégalement concernées par la récession économique globale, les opérations militaires et leurs effets. Les manipulations étatiques, du style recours au Plunge Protection Team,[4] auquel le gouvernement américain vient de faire à nouveau appel à la mi-août 2007 et ensuite pour éviter que la crise bancaire entraîne la chute de Wall Street, seront d’un effet limité et pourraient fort bien paniquer la masse des investisseurs qui savent désormais que le marché boursier américain, n’étant plus un marché libre, est devenu totalement imprévisible. Et que, dans de telles conditions, il faut s’en retirer au plus vite avant d’y laisser trop de plumes ! En attendant, la tactique de la Federal Reserve consistant à obliger les détenteurs de positions à la baisse à couvrir leurs ventes (to squeeze the shorts) pourrait fort bien propulser les indices boursiers américains, au surplus noyés par elle de liquidités nouvelles, vers de nouveaux sommets encore plus élevés (et à moyen terme encore plus intenables) que les précédents de juillet 2007 ! Vive la manipulation étatique !

Pierre-Antoine Delhommais écrit dans Le Monde du 14 août 2007 : « La crise actuelle devrait avoir, entre autre conséquences de relancer les critiques sur le rôle des banques centrales, sur l’efficacité et la cohérence de leurs politiques. Les grands instituts d’émission, censés veiller sur la stabilité financière mondiale, n’ont d’abord pas réussi à prévenir le choc. Surtout, ils se sont montrés incapables de rassurer les marchés en leur indiquant ce que représente précisément la masse globale des crédits immobiliers à hauts risques (subprime mortgages) ou en fournissant des renseignements sur la liste des établissements financiers touchés. Cette opacité est de l’avis général au cœur de la crise de défiance actuelle. Autre point : l’injection massive de liquidités effectuée par les banques centrales des grands pays industrialisés a eu des effets contradictoires. Si cet apport d’argent frais a permis de soulager un Système bancaire au bord de l’asphyxie, il a en revanche, par les montants exceptionnels octroyés,… souligné la gravité de la crise, ce qui a augmenté l’inquiétude des investisseurs. L’action des banques centrales, de surcroît, contredit leur discours contre l’inflation… De façon plus générale, les grandes banques centrales sont accusées par les experts de l’école monétariste d’avoir mené depuis une dizaine d’années des politiques laxistes, c’est-à-dire d’avoir maintenu leurs taux directeurs excessivement bas, avec pour conséquence de faire enfler la masse monétaire mondiale, qui a progressé beaucoup plus vite que le PIB, et d’encourager la spéculation… Ce mécanisme de sauvetage relance aussi la question, très débattue entre économistes, de l’aléa moral : les acteurs des marchés financiers, ayant la certitude qu’en cas de crise financière grave les banques centrales voleront à leurs secours, sont amenés à prendre des risques inconsidérés, ce qui augmente la probabilité d’apparition d’anomalies sur les prix et de formations de bulles spéculatives ». 

Jean-Claude Péclet dans son éditorial du journal Le Temps du 17 août 2007 intitulé N’aidons pas les pécheurs est quant à lui, avec quelque sympathique naïveté, beaucoup plus radical : « la meilleure pédagogie reste la sanction pécuniaire. La finance n’est pas un jeu où l’on gagne toujours. Que les perdants assument leurs erreurs, même si ça fait mal. Dans la nervosité actuelle, on voit hélas se multiplier les actions de sauvetage et les appels aux accommodements. Résistons-y. Il faut pardonner au pécheur, mais pas réparer sa faute à sa place : il récidiverait demain, en plus grand ! ». Pendant que Myret Zaki, dans son article du même journal du 20 août 2007 intitulé Qui empêchera les banquiers de perdre ? semble découvrir : « on assiste à une prise en charge par la collectivité de pertes privées… la croissance américaine n’est plus possible sans endettement et levier financier ! ». Il est certes heureux que de bons et honnêtes commentateurs réalisent la nature réelle du mécanisme financier et boursier conforté par Alan Greenspan et ses séides, depuis sa divine surprise qu’il dépendait encore pour quelques temps de lui et de son successeur de maintenir « l’exubérance irrationnelle » de Wall Street ; mais que proposent-ils au juste de faire des banquiers centraux responsables de tout cet immense gâchis qui, un jour, se paiera au centuple en termes de dégâts collectifs ? Les décorer ou les renvoyer à leurs chères études ? Pourquoi lesdits commentateurs n’osent-ils pas aller à l’essentiel, à savoir : déclencher le grand débat sur l’indispensable réforme du Système monétaire ? 

Encore, à propos des marchés d’actions, faut-il bien voir que la plupart des sociétés cotées sur les principales bourses, tout au moins américaine et européennes, ne dépendent que peu de la conjoncture nationale des pays dont elles ont la nationalité d’origine et dans lesquels leurs titres sont cotés, l’essentiel de leurs activités et profits étant réalisés dans le vaste monde. Et que les détenteurs desdites actions sont déjà en majorité des étrangers, au surplus investisseurs professionnels, et non plus des nationaux pour la plupart investisseurs privés. Ce qui explique qu’une bonne croissance en Asie et en Amérique latine, même si les Etats-Unis et l’Europe s’enrhument, peut permettre aux bourses américaine et européennes de tenir voire de progresser. D’autant que, quand les obligations plongent, dans un premier temps les actions montent. Ce n’est que plus tard que la situation des actions se dégrade, lorsque la hausse des taux d’intérêt à long terme se répercute sur l’ensemble des économies. En revanche, tout dérapage militaire majeur au Proche et/ou Moyen-Orient, dans un contexte de hausse généralisée des matières premières et de forte instabilité monétaire, atteindrait aussi les marchés d’actions qui chuteraient violemment dans des processus cumulatifs, la préférence des investisseurs pour le cash les conduisant à liquider les titres d’entreprises qu’ils possèderaient alors pour se réfugier dans un judicieux attentisme. Mais, ensuite, le credit crunch massif qui résultera nécessairement de l’effondrement du dollar déployant ses effets, ce sera alors la Berezina sur l’ensemble des marchés financiers, obligations et actions, qui se produira !

Contrairement à ce qu’écrit Emmanuel Todd dans Après l’Empire (2002, Gallimard) : « le plus vraisemblable est une panique boursière d’une ampleur jamais vue suivie d’un effondrement du dollar, enchaînement qui aurait pour effet de mettre un terme au statut économique ‘‘impérial’’ des Etats-Unis » ; si nous sommes d’accord sur sa conclusion nous pensons que c’est l’inverse qui se produira : c’est la chute du dollar, d’abord, parce que peu manipulable (concomitante à celle des obligations américaines), qui provoquera, ensuite, l’effondrement des actions américaines (et finalement mondiales). 

La théorie qui voudrait que les prix des actions en bourse reflètent les croissances économiques de chaque pays ou zone, ce qui offrirait aux investisseurs du monde entier la quasi certitude de toujours gagner sur les actions des pays émergents ou nouvellement industrialisés du fait de leurs fortes croissances internes, est erronée. Ainsi que le montrera la suite de la séquence de correction dans laquelle les principaux indices boursiers américains et européens sont engagés depuis août 2007, lorsque les interventions de la Federal Reserve, par apports massifs de liquidités nouvelles, se dissiperont et lorsque le mouvement s’étendra aux marchés émergents aussi. Quand les actions plongent à Wall Street, elles plongent aussi, à des degrés divers, sur tous les autres marchés du monde, mais la réciproque n’est pas vraie. En outre, la pratique consistant pour les entreprises du monde entier à gonfler leurs résultats officiels par la surévaluation comptable de leurs actifs immobiliers ou de dettes publiques comme privées (qui en son temps avait permis à l’indice japonais Nikkei d’atteindre le niveau surréaliste de près de 40000 début 1990) pourrait, dans le cadre d’une double crise internationale immobilière et de la dette dégonflant les bulles sur ces actifs, avoir un impact très baissier sur les actions de quantité d’entreprises (sans préjudice de leurs résultats opérationnels réels). Lesquelles devraient aussi, par manque de cash, cesser leurs pratiques de rachat de leurs propres actions, dont l’impact haussier sur leurs cours est très important. 

Les marchés boursiers dans les pays émergents ou nouvellement industrialisés ont vu, de janvier 2006 à juin 2007, leurs cours doubler avec des résultats exponentiels, en particulier en Asie (une multiplication par 4 au Vietnam et par 6 en moyenne sur les deux bourses chinoises de Shanghai et Shenzhen). Les risques sont clairs. Prenons le cas de la Chine, où le rapport entre la capitalisation boursière et le PIB qui était de 20% en 2005 atteint maintenant de plus de 130%, ce qui montre que la hausse des actions chinoises (de 170% en 2007 seulement !) n’a plus aucun rapport avec la croissance économique annuelle réelle du pays de l’ordre de 12% mais dépend de la façon dont les Chinois investissent leurs 4880 milliards d’actifs liquides, dont moins de la moitié est déjà placée en bourse. Le krach boursier chinois, qui arrivera lorsque l’essentiel de ces capitaux sera placé en actions, rendra alors de nombreux agents économiques insolvables et paralysera les investissements productifs du fait de la crise du système bancaire domestique qui en résultera, avec tous les risques associés d’instabilité politique et sociale dans le pays. Système bancaire qui, étant actuellement atteint par de considérables mauvaises créances évaluées à la moitié des réserves actuelles de change de la banque centrale (lesquelles se montent à 1350 milliards de dollars), est évidemment déjà fragilisé.

Conclusion : si le gouvernement chinois ne calme pas la surchauffe (en montant ses taux d’intérêt à court terme), il se pourrait, quand les actions chinoises s’effondreront, que le « miracle » économique de l’Empire du milieu n’y résiste pas. D’autant que le vieillissement accéléré de la population chinoise risque d’en faire, de ce point de vue, un clone du malheureux Japon ! Ne jamais oublier la maxime de l’un des principaux économistes de tous les temps, hélas oublié, Jean Bodin (1530-1586)[5] : « Il n’est de richesse que d’hommes ! »

De l’explosion inéluctable des mécanismes à fort effet de levier.

De nombreux mécanismes d’instabilité, à la fois causes et/ou conséquences de la création massive de liquidités de papier, sont à l’œuvre. Outre les endettements publics et privés en forte augmentation un peu partout, deux types de marchés sont potentiellement dangereux en cas de dérèglements majeurs monétaires et des taux d’intérêt à long terme, par suite des masses énormes qu’ils traitent en regard de la faiblesse des réserves de change des banques centrales qui seraient financièrement et techniquement incapables d’assurer leur éventuel « sauvetage » : le marché des devises (forex) et le marché à terme des matières premières, instruments financiers et produits dérivés (futures and options), qu’il soit réglementé sur des bourses spécialisées ou pas, dit « OTC » (over the counter). Marché à terme que Warren Buffet (le meilleur investisseur du monde en termes de résultats financiers obtenus sur longue période) n’hésite pas à qualifier d’« arme de destruction massive de la finance internationale ».

Sur le marché des devises (forex), selon les dernières statistiques de la Banque des règlements internationaux, le volume traité chaque jour en 2007 est de l’ordre de 3200 milliards de dollars (une fois et demi le PIB de la France !) contre 1880 en 2004 et seulement 820 milliards en 1992. Alors que les réserves totales de toutes les banques centrales du monde ne sont que de 5600 milliards de dollars, soit près d’un jour et demi de valeur de ces transactions. Le marché à terme des matières premières, instruments financiers et produits dérivés (futures and options), qu’il soit réglementé sur des bourses spécialisées ou pas, dit « OTC » (over the counter), montre une progression similaire. Sur le seul OTC, chaque jour les transactions de gré à gré se montent à 2100 milliards de dollars, contre 1220 en 2004. Inutile de dire qu’une défaillance d’un important opérateur ou de plusieurs simultanément, en raison de la faiblesse des deposits et du recours à un effet de levier maximum par la plupart des hedge funds, un accident qui nécessairement se produira un jour, entraînera un problème de contrepartie que personne ne sera en mesure de garantir, avec des faillites financières en chaîne ! Sans compter les dérivés de crédit CDS (Credit Default Swaps), qui couvrent le risque de détention des obligations émises par les entreprises et représentent déjà 75% de toutes ces obligations, mais qui ont été détournés de leur but en devenant, d’un marché de couverture d’un risque, un marché d’investissement, puisque les portefeuilles gérés par les banques en sont bourrés. Ou les carry trades, qui consistent pour tout un chacun à emprunter avec des effets de levier croissants en monnaies affectées de taux d’intérêt faibles (comme le yen ou le franc suisse) pour placer ensuite en monnaies affectées de taux d’intérêt plus élevés (euro, livre sterling, dollar), dont l’augmentation du volume constitue l’un des canaux principaux de la croissance des liquidités alimentant les marchés d’actions ou les biens immobiliers. Dans les deux cas, des CDS ou des carry trades, que le sous-jacent n’évolue pas comme prévu, soit dans le premier de ces instruments parce que l’opérateur a des doutes sur la nature et/ou l’ampleur du risque couvert, soit dans le second de ces instruments parce que le différentiel de taux d’intérêt entre les monnaies concernées se réduit voire s’inverse, et c’est alors l’absence soudaine de liquidité qui guette sur ces produits financiers. Dont on ne peut plus sortir faute de contrepartie alors que les pertes augmentent (ainsi que cela a commencé de se produire en août-septembre 2007). Avec les risques associés d’assèchement des capitaux que doivent se procurer les entreprises, consécutif aux pertes financières subies par les investisseurs.

Tout cela est emblématique des dérives actuelles. La grande mutation du Système monétaire et financier international du XXe siècle ayant consisté à passer d’un mécanisme dans lequel tout était basé sur un actif réel, tangible et stable, l’or, à un autre, le papier, dans lequel tout est basé sur des dettes, cette évolution ne peut produire que des crises répétées avant le chaos final. Avec quelques conséquences pour l’ordre social et la psychologie collective, puisque le jour où la dette a été érigée en principal moyen de placement, le mensonge a été porté au rang de valeur de référence ! Il n’est que de constater le bourrage de crâne permanent exercé par les télévisions spécialisées, comme CNBC voire CNN, pour assurer la promotion des actifs financiers sans aucune retenue ni mise en garde des investisseurs sur leur dangerosité potentielle ou réelle, alors que les producteurs de cigarettes ont quand même la décence d’inscrire sur les paquets : « Attention, fumer peut tuer ! ».

A propos des véhicules d’investissement collectif, les hedge funds par exemple (qui sont à la tête de 1760 milliards de dollars) dont l’opacité est totale pour la plupart d’entre eux parce que domiciliés dans des paradis fiscaux, ce qui pose la question de l’impossibilité de connaître précisément leurs stratégies, la crise d’août 2007, comme les précédentes, a eu des effets particulièrement dommageables pour ceux qui recourent à la gestion dite quantitative. L’affaire Long Term Capital Management (LTCM) se reproduira, non pas faute de réglementations appropriés mais surtout par suite d’instabilité et volatilité excessives des marchés provoquées par les banques centrales elles-mêmes. Toutefois, ainsi que l’écrit Emmanuel Garessus dans un article du journal Le Temps du 24 septembre 2007 intitulé Les génies du ‘‘quant’’ subissent une lourde défaite mais ils sauront en tirer les leçons, « la crise financière du mois d’août sème le doute sur ces génies qui, pour battre les marchés, promettent d’ignorer les émotions et de n’agir qu’en fonction des signaux de leurs modèles mathématiques et statistiques ». 

Patrick Artus relève dans Le capitalisme est en train de s’autodétruire (2005, La découverte) que les exigences excessives de rendement (le fameux seuil des 15%) de la part des investisseurs, dans un contexte où les banques centrales maintiennent des taux d’intérêt trop bas, pousse les gestionnaires à prendre de plus en plus de risques, « les conséquences néfastes de l’incompétence des banques centrales irresponsables venant s’ajouter à celles du comportement des gérants professionnels » dont le mimétisme recèle bien des dangers.

De l’éclatement des « monnaies politiques » comme l’euro.

Au chapitre des mécanismes d’instabilité, il importe ici d’évoquer la question de l’euro, dont de nombreux économistes sérieux soulignent le risque d’éclatement, parce qu’il n’a pas été configuré dans un souci d’efficacité monétaire mais pour tenter de rendre irréversible l’intégration institutionnelle, puis politique, de l’Union européenne. Sans du tout évidemment y parvenir, parce qu’entre Etats souverains la monnaie ne se partage pas ! Outre l’hétérogénéité de la zone euro, qui n’en fait pas une zone monétaire optimale au sens où l’entend le prix Nobel d’économie canadien Robert Mundell, et tous les problèmes de structure et de prise de décisions inadaptés qui caractérisent le Système européen de banques centrales et la BCE elle-même, trois raisons majeures militent pour son éclatement à terme : 1/ D’abord, l’effondrement du dollar provoquant une hausse par défaut de l’euro (lui-même gagé à 80% par des « réserves » en dollars) ne peut qu’avoir un effet négatif pour la croissance économique dans l’euroland et les balances commerciale et des paiements de la plupart de ses pays-membres, ce qui ne milite pas pour une stabilité sociale et politique en Europe, dont le projet est en panne, et n’assure pas les bases pour une monnaie durablement forte. L’euro ne peut pas, et ne doit pas être, la seule variable d’ajustement des déséquilibres monétaires et donc commerciaux mondiaux, du fait de la passivité de la BCE, sous peine de tuer les pays de l’euroland les uns après les autres[6] ; 2/ Ensuite, l’absence de fédéralisme fiscal et de budget européen commun significatif, qui empêche toute solidarité et transferts spécifiques d’argent public (subventions de la Commission exceptées) des pays mieux lotis vers ceux qui le sont moins bien. Nonobstant les stratégies non coopératives de certains Etats comme l’Allemagne qui, ayant réalisé une très forte baisse de ses coûts de production unitaires[7] vis-à-vis de ses autres concurrents de la zone, par la substitution de la TVA aux cotisations sociales équivalente à une dévaluation monétaire déguisée (la TVA taxe les produits importés et non pas les produits exportés), place l’Italie et la France, dont les gains de productivité sont plus faibles, dans l’impossibilité de réduire leurs déficits publics et d’accroître leurs exportations ; 3/ Enfin, la mobilité du travail quasi nulle dans la zone euro (principalement pour une raison linguistique), qui limite les possibilités de spécialisation productive des différents pays et aggrave le chômage dans ceux qui sont déjà atteints par ce mal, avec les immenses coûts sociaux et budgétaires qu’il occasionne.

On relèvera, incidemment, l’extraordinaire mystification qu’a constitué l’euro, qui devait être le « bouclier » de l’Europe contre la mondialisation américano-asiatique alors qu’il en est le cheval de Troie. Ceux qui ont proféré ce mensonge devraient avoir l’élémentaire décence de faire oublier leurs élucubrations.

De l’erreur européenne consistant à « internationaliser » une monnaie fiduciaire étatique de papier.

On remarquera a contrario que ni les responsables du Japon, ni ceux de la Chine, n’ont cherché à internationaliser l’usage du yen ou du yuan. Parce que, traditionnellement, pensant en termes de modèles impériaux (la conquête commerciale du monde, après l’échec de sa conquête politico-stratégique pour le premier et avant que la seconde s’y essaie aussi). Ils ont, de ce fait, beaucoup mieux compris la question monétaire que les dirigeants européens. Lesquels sont trop marqués par le concept de l’Etat-nation, même élargi à l’Union européenne considérée comme une fédération en devenir, qui les enferme dans des schémas étatistes et mercantilistes du passé. La Chine, ayant appris la leçon des crises monétaires asiatiques du dernier quart du XXe siècle, ne refuse pas seulement de revaloriser substantiellement le taux de change de son yuan mais surtout de le rendre convertible en monnaie étrangère. Comme elle fait tout son possible pour en limiter la circulation à l’intérieur de sa seule sphère économique propre, en empêchant par exemple toute émission d’obligations internationales en yuans. Pendant que l’euroland se glorifie bêtement de l’augmentation des émissions internationales d’obligations en euro, monnaie dont il a perdu le contrôle du cours comme du volume d’émission. A cet égard, la probable hausse de l’euro au dessus de 1.50 -1.55 dollars montrera l’erreur que constitue la politique de surévaluation de cette monnaie pratiquée par la Banque centrale européenne et les banques nationales qui en assurent l’émission. Alors qu’une « bonne monnaie » ne doit être ni forte ni faible par rapport aux autres, mais stable par rapport aux différentes mesures de tous les éléments effectivement constitutifs de la hausse des prix intérieurs ou par rapport à un étalon universellement reconnu comme l’or, pour pouvoir conserver un pouvoir d’achat le plus constant possible.

En effet, la meilleure garantie de la Chine de ne pas subir de crise monétaire qui serait provoquée par la spéculation ou des pressions politico-économiques internationales (de la part des Etats-Unis en particulier), c’est de pas laisser son yuan circuler hors d’elle-même et de ses satellites, puisque les étrangers, n’ayant pas de yuans, ne peuvent pas le déstabiliser en s’en séparant brutalement et massivement. La même remarque vaut pour la Russie qui n’a aucun intérêt à laisser le rouble circuler massivement hors de Russie. Ce que les Japonais ont aussi compris depuis longtemps, raison pour laquelle ils ne sont pas favorables à l’« internationalisation » du yen qui rendrait la maîtrise de leur monnaie bien plus difficile, voire empêcherait toutes les interventions (c’est-à-dire manipulations) de leur banque centrale pour la maintenir la plus basse possible. On peut d’ailleurs affirmer que le Japon s’est engagé dans une entreprise de véritable destruction de sa monnaie pour n’en faire qu’un pur instrument d’ordre concurrentiel.

Dans un tel contexte, la logique des taux de change flottants, selon laquelle les monnaies des pays accumulant des réserves de change croissantes provenant de leurs excédents de commerce extérieur et de balance des paiements en forte augmentation devraient considérablement s’apprécier par rapport aux autres monnaies des pays déficitaires, ne peut pas s’exercer. Avec pour conséquences : 1/ une continuation à l’infini des excédents de commerce extérieur et de balance des paiements des premiers (Chine, Hongkong, Japon, Corée du Sud, Taiwan, Singapour, pays arabes producteurs de pétrole, Russie et bientôt Brésil, etc.) comme des déficits des seconds (Etats-Unis, Royaume-Uni et bientôt euroland qui sans les excédents allemands qui ne dureront pas toujours serait déjà dans le rouge, etc.) ; 2/ la captation progressive de l’essentiel des réserves mondiales de change par les premiers, provoquant de nouvelles et massives émissions inflationnistes de monnaie-papier et d’obligations par les seconds ; 3/ une allocation mondiale désastreuse des ressources monétaires ayant pour conséquence de plus en plus d’investissements non rentables et de placer une grande partie du monde en dehors des flux monétaires comme l’Afrique. Cette dernière étant, en outre, soumise à des processus d’évasion des capitaux qui la vident du peu qu’elle reçoit ou produit. Selon le dernier rapport de la CNUCED, l’hémorragie financière cumulée depuis les années d’indépendance a représenté près du double de la dette totale du continent : en trente ans, les pays africains ont vu 400 milliards de dollars fuir à l’étranger (un pourcentage vertigineux de 7,6% du PIB annuel) alors que la dette globale de l’Afrique est de 215 milliards de dollars ! Phénomène qui n’a pas été compensé par l’envoi de fonds des travailleurs émigrés africains, lesquels sont pourtant passés de 15 milliards de dollars en 1980 à 80 en 2002 (soit 2,5% du PIB africain).

L’euro, c’est la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf : plus il gonflera, plus il aura de chances d’éclater ! Créé par des socialistes et des « constructivistes », il reflète la tentation à laquelle il faut pourtant impérativement renoncer d’utiliser la monnaie pour faire de la politique ! Parce que, dans ce cas, à un moment ou à un autre, la monnaie se venge puis détruit la politique.

Du « vampirisme » des Etats-Unis et de la Chine face à une Europe inexistante.

Alors que les Etats-Unis ont utilisé la paille de l’étalon-dollar pour sucer tout l’argent du monde, la Chine utilise maintenant la paille de la mondialisation déséquilibrée pour sucer tout le travail du monde. Mais l’Amérique a déjà consommé, c’est-à-dire perdu, les capitaux qu’elle a obtenus par son ancien statut impérial. Alors que la Chine conserve la création de richesse qu’elle obtient par le travail de ses concitoyens qui pour la plupart ne consomment que le strict minimum pour entretenir leur force de travail et en plus accumulent en masse de l’épargne (à hauteur de 50% de leurs revenus) ! Et, ô surprise, on commence aussi à réaliser que le travail chinois (avec quelques astucieuses manipulations) permet en plus de capter l’argent du monde ! Ce qui veut dire que c’est bien la production compétitive, et non pas le maintien sous perfusion artificielle d’activités économiques dépassées (dans le cas européen) et/ou la création de dettes (dans le cas américain), qui crée la richesse sur le long terme. Les deux modèles américain et chinois, déjà décrits dans la fable de la cigale et de la fourmi de Jean de la Fontaine, étant irréconciliables, entreront en conflit violent l’un avec l’autre. Mais c’est le modèle chinois (dont on verra la multiplication avec quelques variantes dans plusieurs autres pays) qui a déjà gagné cette lutte de Titans, pendant que l’Europe sera vampirisée puis marginalisée.

Puisque les trois canaux d’infection de l’Europe par l’euro sont : 1/ sa forte surévaluation (probablement temporaire mais suffisante pour la détruire à terme) permettant à la Chine de vampiriser l’euroland par ses productions à bas coût ; 2/ l’emploi que les Etats-Unis en feront pour prolonger leur endettement en n’hésitant pas à émettre de nouvelles dettes américaines en euros dès que le dollar ne sera plus, ou moins, universellement accepté (ainsi qu’ils l’ont déjà fait avec les bons Roosa en monnaies européennes dans les années 1960) ; 3/ la tentative qui ne manquera pas de se produire d’intégrer l’euro dans le dollar dans la constitution d’un véritable « euro-dollar » (exposée au chapitre 8 de ce livre) que les Etats-Unis s’offriront le luxe de présenter aux Européens comme une chance historique de réaliser le « Grand Marché transatlantique intégré » pour les « protéger » des vampires chinois, japonais, sud-coréens ou indiens.

Tout cela conduisant immanquablement le monde à une crise financière et monétaire majeure de nature à provoquer un effondrement économique généralisé que certains Etats voudront probablement tenter d’empêcher par la guerre…