Ma république des maires

Jean-Claude Martinez

 18,00

Collection : Auteur : Pages: 252 ISBN: 9782865532827

Description

Mis à part passer les « nuits debout », concrètement, en 2017, que fait-on ?
On élit un nouveau président ?
Mais on l’a déjà fait en 2012, en 2007 et ainsi de suite depuis cinquante ans, avec le résultat que l’on voit maintenant : l’hémorragie de nos paysans, 1000 milliards d’euros de prélèvements, 2000 milliards d’endettement, 5 millions de chômeurs,15000 suicides par an et 130 morts au Bataclan. Parce que, pour tout couronner,la France présidentialisée a eu aussi en 2015 la bataille d’Alger dans les rues de Paris, plus l’état d’urgence.
Voilà le bilan : dix élections au suffrage universel direct ont donné un président qui a tous les pouvoirs, mais aucun résultat. Omnipotent et en même temps impuissant.
Le diagnostic s’impose alors : La France a un adénome institutionnel présidentiel qu’on a laissé traîner depuis 1974 et qui maintenant a métastasé dans toute la société. Il faut l’enlever, et vite.
La date de l’opération est fixée : 7 mai 2017 avec l’élection présidentielle qui doit être la dernière à tout jamais, pour élire le candidat chirurgien qui fera le référendum pour nous débarrasser de ce mode d’élection.
Nous reviendrons ainsi tranquillement au bon système qui a permis au général de Gaulle, en 7 ans, de 1958 à 1965, de redonner à la France le plein emploi, la croissance, la prospérité, et sa place au sommet. Ce système qui a marché, c’est l’élection du président de la République par les femmes et les hommes de raison qui ont la confiance de la nation : les maires, évidemment.
Ainsi guérie de sa pathologie présidentielle, la France, rétablie dans ses fondations de la République des maires, va reprendre sa marche en avant et le monde en sera rassuré. Parce que le monde a besoin de la France.

Information complémentaire

Poids 0.3 kg
Dimensions 22 x 14 x 1.5 cm

Sommaire

Table des matières

  • Avertissement : 35945 !
  • On achève bien les chevaux
  • Le verdun des maires
  • L’avalanche des conséquences
  • Que nous restera-t-il ?
  • La présidentielle pire que Linky et Gaspar
  • I. 1965-2016
  • Dix présidentielles :
  • Le bilan
  • Chronique d’un désastre étalé
  • 1. Le maire rural, dernier mohican, dernier pélican
  • 2. De quoi parlons-nous ?
  • 3. Les trois outrages faits aux maires
  • Le maire punching ball
  • Oranges juridiques, budgétaires et bancaires
  • La violence de l’État faite aux maires
  • Craon-en-Mayenne : Une commune agressée par une banque toxique
  • 4. Le maire au tribunal
  • Des maires halal ?
  • 5. Le maire rural face à l’intercommunal
  • Des maires dans le flou
  • Impossible de fuir l’erreur
  • Les communautés de regroupement idéologiques
  • 6. Le maire rural face à l’absorption
  • La passion française de l’égalité des territoires
  • Toujours la suppression
  • 7. La nostalgie de madame et monsieur le maire
  • Monsieur le maire ne sera plus un paysan
  • J’aime mon canton
  • 8. Attention, le maire va craquer
  • À la fin de la course, on se jette de la falaise
  • 9. La discrimination rurale positive !
  • Le jeune sur tracteur, comme le jeune rappeur
  • Résister aux agressions « parisiennes »
  • 10. La résistance qui vient
  • II. 2017
  • La dernière élection présidentielle :
  • Le nouvel horizon
  • Toujours debout
  • 1. Bâtir une ruralité du futur ! Maires ruraux, Paysans : Priorité nationale absolue
  • La croissance est dans le pré
  • À la fin de la course
  • Saint Enimie avant Bobigny
  • Mon plan de reconquête agricole et rurale
  • En guerre contre le THF
  • 2. La révolution impensée : Transférer l’impôt sur le revenu aux maires
  • 1917-2017 : Un siècle de fiscalité échouée
  • À bout de souffle
  • La fiscalité de la peur
  • Sous le signe indien : L’intouchable fiscalité locale
  • La nuit fiscale de la St Sylvestre 1973
  • L’état des lieux fiscaux, 4800 articles dans le code, 365 impôts
  • Ma proposition : Transférer une partie de l’irpp aux communes
  • Le chiffrage de la réforme
  • Le Panama fiscal pour tous : Les 5 effets magiques du transfert communal de l’irpp
  • Le bonheur fiscal est dans le pré
  • 3. Refaire de Gaulle :
  • Redonner l’élection aux maires
  • La Haye, mercredi 13 Janvier 2016
  • Une élection pour peuples enfants
  • Sortir de l’Otan pour rentrer dans la télé
  • Une élection pour « hommes de télévision »
  • L’élection idéale de 1958
  • La présidentielle neuronale et pas corticosurrénale
  • La révolution anthropo-politique
  • Rien de mieux pour éviter le FN, messieurs !
  • Courbes la tête, fière Marine, brûle la présidentielle que tu as adorée !
  • Comment se débarrasser de l’élection présidentielle ?
  • Election par les Français, mais confiscation par les partis
  • 4. D’une pierre constitutionnelle, deux coups 
  • La présidentielle aux maires
  • La télévision à la Constitution
  • Les petites présidentielles modèles de la Comtesse de Ségur
  • Du Néolithique au médialithique
  • Ségolène et Marine en attendant Macron
  • Présidentielle : le mal français
  • Medias : l’empire l’opacité
  • Les mosquées et les télés
  • Les petits caïds de l’écran qui dealent de l’info
  • 5. 2017… En tirer la conclusion
  • 40 ans de Star War à l’Élysée : « Président, la faiblesse est en toi »
  • La présidentielle : Adénome des institutions de la République
  • Postface. Le sacre de la République
  • Le Noël politique français.
  • Que fleurissent cent printemps de la République

Extrait

LE NOËL POLITIQUE FRANÇAIS

Comme on ne supprime pas Noël, parce que c’est le grand rendez-vous annuel, la fête de fa-mille, avec du foie gras, un grand repas et tout un cérémonial, il est hors de question de toucher à la présidententeille. Parce que c’est le Noël politique français. Avec ses promesses de cadeaux, la bonne nouvelle d’un président qui est né pour nous sauver et toutes les familles qui se retrouvent, comme le soir du 24 décembre, réunis au dîner autour de la télévision allumée
Là, au fur et à mesure qu’approche 20 heures, dans toute la France aux rues désertées, où même les chiens dans les campagnes les plus isolées arrêtent de communiquer en s’aboyant entre eux, la tension monte, les souffles se coupent, les yeux se rivent. A 19 heures 59, comme à la St Sylvestre d’ailleurs, c’est cap Canaveral : 9, 8, 7, 6, 5, trente millions de Français entrent en aryth-mie cardiaque et les trente autres millions en bradycardie, 4, 3, sur les écrans de la Une, de France 2, de I-Télé, l’image se précise, 2, 1, 0 :
Tartempion président !
Il est 20h00, la cérémonie commence, en 2017 comme en 2012, cette année-là comme en 2007 et ainsi de suite en remontant au moins jusqu’en 1974. Les plateaux télés, les caméras qui attendent devant les 2 QG des 2 candidats, le battu et l’élu, la place de la Bastille ou de la République avec les drapeaux algériens, des adolescentes qui se trempent dans une fontaine, un militant interviewé qui pleure, un autre peinturluré du logo de l’idole qui rit, et l’attente des premiers mots du nouveau président, pendant que les lieutenants de son parti inondent d’un flot de banalités les radios et les télés.
Au maximum, c’est moins de 500 Français sur 65 millions qui sont en vedettes, qui participent au cœur de la fête et qui vivent l’élection. Mais tous les autres habitants, à Brest, à Moissac, à Gaillac d’Aveyron, St Jean de Luz, la Vésubie, à Poindimié, la Réunion, ou la Rochelle, ne participant à rien. Ils regardent à la télé et à 23 heures ils vont se coucher. Toute la France est au lit, l’élection est finie.

Mais comment peut on dire alors que les Français sont attachés à cela ? C’est à dire à un spectacle qui en réalité n’existe pas et avec une messe républicaine, sans aucun faste et apparats, qui se réduit concrètement pour chacun à aller voter dix minutes, comme à une banale élection départementale.
Voilà la réalité. En cérémonie, le grandiose rendez-vous électoral de la présidentielle, quand on le regarde calmement, avec les yeux de l’enfant du conte d’Andersen, se réduit à rien du tout. Il n’y a presque rien à voir, et de fait ça circule vite. Avant minuit, 65 millions de Français vont se coucher sans avoir même été Cendrillon, puisque personne ne les a invités au bal des télés et à fortiori de l’Elysée.
En revanche, avec le système électoral que je propose, alors tout est change. Le jour du vote de-vient une fête démultipliée. Parce que les 36000 maires, les conseillers municipaux, généraux, régio-naux, votent le dimanche dans leurs 100 départements, sur tous les territoires de nos océans, ras-semblés dans les Palais de Justice ouverts au public et sous 100 caméras.

QUE FLEURISSENT CENT PRINTEMPS DE LA RÉPUBLIQUE
A midi, place du capitole à Toulouse, place Stanislas à Nancy, Kléber à Strasbourg, dans tout les chef lieux de départements, de Auch à Rouen, de Nouméa à Lille, des villages de toiles accueillent 100 banquets républicains, comme 100 fêtes de la Nation et de la décentralisation où députés, sénateurs, délégués municipaux, parlent, trinquent, rient, chantent, s’interpellent, des heures du-rant, pendant que de chaque département, les urnes des votes des grands électeurs prennent, so-lennellement accompagnés, les TGV, les trains, pour monter à Paris.
Et là, des gares de l’Est, du Nord, d’Austerlitz, de Lyon, les urnes, montées comme à une nou-velle fête de la Fédération, vont, garde Républicaine en protection, vers Versailles, et le dépouil-lement solennel, au Congrès, toute la nuit. La nuit républicaine la plus longue.
Pour les télévisions, les radios, c’est 100 spectacles, comme 100 printemps départementaux où fleurissent de la République et de la démocratie. Pour BFM TV, ITL, les câblés, les pas câblés, la Une, les Fr3, les adeptes du tweet, la totalité des medias, c’est le dimanche comme on ne peut même pas en rêver. C’est à ne plus savoir où donner de la caméra, du micro, cent sommets élec-toraux, et crescendo l’apothéose de la cérémonie électorale à Versailles.
Avec une nuit de retransmission où la France veille, où à 5 heures Paris s’éveille, pour avoir juste les résultats.
Qui peut dire que, plus que de l’intérêt, plus que 100 décors magnifiques des cent places de France pour des milliers d’images télévisées de toutes les beautés du patrimoine français, l’élection présidentielle, confiée aux 80000 maires et élus locaux ne créerait pas, avec le déroule-ment que je propose, de la fierté, du sacré et le mystère de la légitimité ?
Pour que chacun ressente le merveilleux républicain que mon système électoral créerait, je donne ici comme un reportage ce que serait la cérémonie du vote présidentiel dans le départe-ment de l’Hérault.

* * *

Ce dimanche-là était le jour le plus long de l’année, mais aussi « le grand jour », comme on disait désormais par raccourci, pour évoquer le sacre que la République s’offrait une fois tous les sept ans.
Deux semaines plus tôt, Francis Barthès, maire de son village de Saint-Jean-de-Minervois, cent quarante habitants seulement, avait déjà été convoqué dans les salles du Palais de Justice de Montpellier où se déroulait le vote des grands électeurs à la faveur du premier tour de l’élection présidentielle. Francis Barthès avait naturellement voté pour Frédéric Nihous, le président de son petit parti qui n’avait éprouvé aucune difficulté, comme une trentaine d’autres candidats, pour réunir le « millième », c’est-à-dire les 65000 parrainages de citoyens nécessaires à la validation de sa candidature devant le collège des grands électeurs de la République.
Hormis le long périple réclamé ensuite à chaque candidat afin de rencontrer la plupart des maires et conseillers territoriaux au cours de banquets républicains généralement savoureux et charmants, la candidature de Frédéric Nihous ne l’avait pas obligé à trouver un mécène milliar-daire ni à imprimer beaucoup de papier… Il s’était mis sur les routes, voilà tout. Il avait arpenté la république en ses terroirs, en ses spécialités, en ses coins charmants, et en ses lieux de fracture aussi.
Au cours de la campagne précédant le premier tour, Francis Barthes, seul maire CPNT des en-virons, avait naturellement organisé un banquet républicain pour accueillir son ami le candidat des chasseurs. Tous les maires des anciens cantons de Saint Chinian, Saint Pons, Capestang et Olonzac s’étaient trouvés là, presque contraints par l’ancienne tradition républicaine d’ouverture et de dialogue. Chacun avait payé sa part. Et puis ces banquets, il faut bien le dire, étaient très agréables. On y riait beaucoup. On mangeait ferme et on y buvait jusqu’à une sympathie générale déboutonnée…

Depuis un an que la campagne durait, et parce que les grands électeurs n’étaient pas autorisés « à se faire sonder » personne ne pouvait donner de favori. Il y avait bien le président sortant, mais il avait beaucoup déçu. Il y avait aussi NKM, porté par un fort entichement de la presse féminine mais son côté bobo ne lui laissait pratiquement aucune chance, bien que l’on ne pouvait minorer par avance le « vote sexuel » de certains maires. En revanche, la candidature de Jean-Yves Le Drian, de même que celle d’Alain Juppé étaient prises très au sérieux, infiniment plus que celle de Jean-François Copé, éternel méchant de la politique française, dont chacun sentait bien le parisianisme carnassier. 
Du côté des challengers dangereux, les observateurs avertis notaient quand même la bonne am-biance accompagnant tous les banquets de Jean-Michel Baylet et ceux de François Baroin. Baylet, soutenu par ses journaux, faisait l’unanimité dans le midi. Baroin impressionnait beaucoup au nord de la Loire où son allure à la fois aristocratique et républicaine faisait mouche. Et puis Ba-roin, personne ne l’oubliait, avait été un temps président des maires de France, ce qui constituait évidemment un avantage certain compte tenu du corps électoral.

Depuis la suppression de l’élection du président au suffrage universel, le premier tour servait à décanter. Les candidats devaient nécessairement franchir la barre des 10% pour se maintenir.
Cette année-là, hormis Bayrou vieillissant qui avait manqué la marche avec 7% ; la surprise avait été constituée par l’excellent score réalisé par le candidat aristocrate Gael de Bouteiller, qui avait lui aussi manqué le seuil mais de très peu à 9,8%.
Pour les favoris, Alain Juppé (20%) était arrivé en tête des candidats de la droite, Baroin le ta-lonnait à 18%, loin devant François Fillon (6%) qui aurait mérité mieux avec son excellent pro-gramme… Avec 1% NKM ne daigna même pas commenter son score, ce que fit en revanche Frédéric Nihous dont la gentillesse et la modestie sont connues. Il y avait de moins en moins de chasseurs, voilà tout. C’était simple. Nihous en prenait acte pour le regretter, mais enfin bon, ce n’était pas un drame, son parti allait peser au second tour, c’était certain…
Marine Le Pen, avec un 4% décevant n’avait naturellement pas pu passer la barre du maintien « saboteur » à dix pour cent et continuait plus que jamais à dénoncer le complot oligarchique qui, selon elle, portait la candidature de Juppé, un type qui lui sortait visiblement par les yeux.
A gauche, la bataille avait été rude entre le président sortant éliminé dès le premier tour (7%) et son ancien ministre Jean-Yves Le Drian qui avait cartonné dans les fiefs ruraux de la gauche en finissant à 21%, c’est-à-dire en arrivant premier de tous les candidats.
Jean-Michel Baylet ne brilla finalement que dans son midi. Ses opposants avaient ressorti son ancien soutien à la dépénalisation des drogues et cela avait effarouché considérablement les maires ruraux des autres régions… Certes, Baylet réalisait une moyenne de 12% dans les départe-ments de ses journaux mais partout ailleurs il s’effondrait et finissait avec une moyenne nationale de 4,8% néanmoins suffisante pour apparaître comme le second de Le Drian à gauche et désor-mais son principal rallié.
A l’extrême gauche, aucun candidat, hormis Schivardi (2,7%) et André Gérin (2%), n’avait seu-lement dépassé 1% des suffrages. Quant au candidat communiste, il avait réalisé un 3% plutôt réconfortant à ses yeux, surtout quand on additionnait son score aux 2% de Gérin, le pestiféré « léniniste » du parti.
Côté alternatif, José Bové (3%) avait sauvé les meubles, notamment dans les communes rurales où son nom associé au démontage du Mac Do de Millau et à la dénonciation de la malbouffe trouvait encore une résonnance méritée.

Entre les deux tours, le candidat royaliste Gael de Bouteiller, qui avait tellement plu aux maires conservateurs ruraux au point qu’il pouvait déjà donner rendez-vous à l’élection suivante, ne s’était désisté en faveur de personne. Seulement, il avait accepté une rencontre faussement for-tuite avec Baroin alors qu’il l’avait refusée à Juppé qui, de toute façon, n’avait pas fait beaucoup d’effort pour rallier les voix de « la nauséabonde France réactionnaire » qu’il dénonçait imprudemment quelques jours plus tôt. Beaucoup de commentateurs avaient naturellement glosé sur l’entrevue entre Baroin et l’aristocrate rural Bouteiller. Bayrou lui, était resté dans le vague malgré les appels des socialistes à constituer un « ticket de second tour » Le Drian-Bayrou, ce qui aurait alors réser-vé Matignon au président du Modem. 
De son côté, Marine Le Pen avait boudé en pestant sur le manque de représentativité populaire du nouveau mode de scrutin. Quant à Copé (0,78%), ne supportant plus le rejet désormais uni-versel dont il était victime, il avait fini par craquer et on le disait hospitalisé au Val-de-Grace.

Finalement, majoritaire dans le pays et davantage encore dans le collège des grands électeurs, la droite restait divisée malgré les appels pressants de Juppé en direction du « petit Baroin » qui re-fusait de se démettre malgré leur commune appartenance passée à l’ancienne écurie politique de Jacques Chirac.
Au contraire, malgré sa troisième place, Baroin enregistrait le soutien de Fillon qui se souvenait encore amèrement du double-jeu faussement neutraliste de Juppé lorsque Fillon avait été volé de sa victoire à la présidence de l’UMP par Copé.
A gauche, Le Drian était le seul sélectionné et il avait enregistré le plein de tous les soutiens possibles. De cette façon, les miettes de l’extrême gauche trotskyste à 1%, les maires ruraux alter-natifs de Bové, les communistes de Gérin et Laurent, les maires de Schivardi, lui étaient garantis. Bref, l’attelage du Breton pouvait maintenant dépasser le tiers des voix, s’approcher peut-être de la zone des 40% et emporter alors cette triangulaire haletante.

Le matin du second tour, Francis Barthès se leva tôt. Il était six heures du matin lorsque l’autocar scolaire du Conseil départemental vint le ramasser depuis la route Coulouma-Saint-Jean que le maire avait réfectionnée en 2013. Une fois monté, l’autocar lancé en direction de Saint-Chinian emprunta le pont dont la réfection était encore à l’étude mais bien avancée…
Dans l’autocar, Kléber Mesquida, président du Conseil départemental de l’Hérault, député, an-cien maire de Creissan et Saint-Pons, attendait déjà son petit monde. Il était en effet de notoriété que Mesquida était depuis toujours aussi fou des élections indirectes par grands-électeurs que Salvadore Dali l’était jadis du chocolat Lanvin… Dans les autocars de grands électeurs, Mesquida avait déjà accompli plusieurs coups fumants, comme le jour où il avait fait élire, contre un autre clan socialiste, un candidat de droite qui n’y croyait pas et qui était donc parti en vacances sur des sentiers de l’altiplano bolivien où il apprit, effaré, son élection malgré lui !
Dans ces conditions, décoré de sa célèbre gourmette en or massif, le notable socialiste d’origine pied-noir était depuis le début de la campagne un puissant relais de Le Drian. Ce jour-là, il lui revenait évidemment de faire jouer son influence sur les maires de droite que l’on pouvait peut être retourner. Mesquida traversa donc rapidement la travée centrale de l’autocar pour s’asseoir à côté de Barthès et lui rappeler qu’un jour, avec sa seule réserve parlementaire, il avait financé pour un quart la rénovation de l’atelier relais municipal de Saint-Jean consacré à la sauvegarde du patrimoine, spécialement à la restauration de l’église de Saint-Jean de Dieuvaille… Mesquida avait aussi beaucoup aidé le maire de Saint-Jean-de-Minervois lorsqu’il avait fallu attribuer deux défi-brillateurs au village perdu.
Et comme Mesquida était un homme sympathique, un amoureux fou de la politique locale et un fin connaisseur de tous les réseaux nécessaires, Barthès failli flancher… Pendant plusieurs ki-lomètres sur les routes départementales dévalant vers la plaine côtière, le petit maire soupesa même l’idée de voter Le Drian pour se soulager du choix douloureux entre Juppé et Baroin.. Et puis, au fond, l’ancien ministre socialiste de la défense n’était ni un chevelu, ni un fumeux… Il avait même brillé à son ministère si régalien !
Hélas pour Mesquida, il y avait d’autres maires à entreprendre sur les banquettes à l’avant, près du chauffeur. Aussi, Francis Barthès se retrouva un moment seul. C’est à cet instant précis qu’il entendit derrière lui la voix de Bruno Enjalbert, le maire de Saint-Chinian, un maire libéral cy-nique, médecin de campagne revenu de tout et que tout le monde dans la région soupçonnait d’avoir voté pour François Fillon.
– Ne te laisse pas embobiner… C’est Baroin. On vote tous pour Baroin. Comme un seul homme. Nous, on lui apporte nos sept pour cent de Fillon… et avec les dix pour cent des roya-listes, c’est suffisant. Juppé est mort, je te dis… C’est dommage pour lui, mais le tourniquet a tourné… Ne te laisse pas embobiner, je te dis… Chut… il revient…
Quant Mesquida revint à côté de Barthès, il avait l’air dépité. Silencieux, il scrutait les paysages de bord de route qu’il connaissait évidemment par cœur, jusqu’au moindre virage, jusqu’au moindre pont, et cela jusqu’à Montpellier dont il connaissait aussi la moindre rue, la moindre plaque d’égout, le moindre rebord de trottoir…
Finalement, Mesquida lâcha quand même :
– Apparemment, vous allez tous voter Juppé… Je ne vous comprends pas… Il est trop vieux… Trop ambigu… Enfin, j’ai quand même fait deux prises, mais je m’attendais à plus… On verra.
Quand l’autocar arriva à Montpellier, il était neuf heures puisqu’on avait fait des détours et une halte café. Ce qui frappa d’abord le maire de Saint-Jean c’est que le Palais de Justice hérité de la France d’ancien-régime était entièrement pavoisé aux trois couleurs… C’était beau… Tous les grands électeurs étaient aux vitres fraîches et embuées. De l’autre côté de la rue, on distinguait parfaitement les chapiteaux de toile bleu blanc rouge du « village républicain » planté provisoire-ment parmi les ombrages du parc du Peyrou pour y abriter tout à l’heure le banquet républicain géant des grands électeurs du département.

Ensuite, sortie de l’autocar, la soixantaine de grands électeurs ramassés dans la « montagnette » du sud de l’Hérault, s’avança devant une foule curieuse déjà pressée autour du Palais pour y bran-dir des pancartes, des photos, des drapeaux de partis probablement destinés à impressionner les grands électeurs jusqu’au moment ultime. Au sein de cette foule, tous les militants UMP réquisitionnés eux-aussi par l’appareil du parti s’époumonaient :
– Juppé ! Juppé ! Juppé ! Juppé ! Juppé président !
Accrochés aux lampadaires, quelques étudiants royalistes hurlaient pour leur part : Vive le Roi ! Vive Bouteiller ! Les anarchistes zadistes, qui avaient dû quitter leurs huttes du bois de Sivens, étaient là aussi hurlants… 
– Juppé, le peuple aura ta peau. Hou… Hou…
Quant aux pêcheurs du port de Sète, ils avaient fait le voyage en forte délégation afin que per-sonne n’oublie la pêche au thon rouge…
Mais ce qui fit le plus de bruit, ce fut l’arrivée insolente du Mesquida tel un procurateur romain, avec le flot des grands électeurs tels que le sénateur maire Jean-Pierre Grand, des banlieues chics de Montpellier, ou Robert Ménard, le maire sans frontières de Béziers.

Amassés sur les marches du Palais ou déambulant dans les salles d’apparat, assis en complot sur les bancs de la Cour d’assise, ou bien simplement attablés devant la cafétéria dressée dans la salle des pas perdus, les mille grands-électeurs héraultais ne semblaient pas tous pressés de voter mais plutôt de discourir encore et encore sur les qualités bien pesées de chacun des trois derniers can-didats. Après tout, ils avaient jusqu’à onze heures pour se décider et, de toute façon, il y avait la queue devant l’urne.

C’est vers 11 heures trente qu’un véhicule escorté d’une compagnie de militaires en armes vint chercher l’urne transparente pour la conduire à la gare au vu et au su de tous. Entre-temps, quelques minutes après la clôture du vote, une dizaine de scrutateurs avaient été tirés au sort parmi les grands électeurs présents.
Eh bien, croyez-le ou pas, Francis Barthès fut du lot ! A une chance sur cent, il allait donc être du voyage vers Paris puis Versailles… On lui commanda de se presser. Il prit donc place sur la plateforme qui traversa la ville jusqu’à la gare. Là, pendant que les autres grands électeurs ignorés par le sort se mettaient à la table du banquet républicain abrité sous le village de toile installé dans le parc du Peyrou à quelques mètres du Palais de Justice, le chanceux Francis Barthès accompa-gna l’urne dans un wagon spécial entièrement drapé aux trois couleurs. En réalité, c’était là un ancien wagon pullman mobilisé par la SNCF qui en comptait encore quelques-uns.
Et c’est ainsi que, sans aucune halte, simplement en passant au ralenti dans les principales gares afin de laisser les curieux apercevoir au moins furtivement la délégation, l’urne des grands élec-teurs Héraultais, surveillée par ses dix scrutateurs tirés au sort, arriva vers 19h en gare de Lyon.
Là, la ferveur fut carrément immense… On débarqua l’urne sur le quai… les scrutateurs reçurent un capitaine de la Garde républicaine qui se plaça sous leurs autorité… Et l’urne traversa finale-ment le hall… attendit quelques instant sous la grande horloge avant que l’on puisse la hisser dans un bus aussi impeccablement emballé de bleu blanc rouge qu’on l’aurait fait pour une boîte à bonbons.
Avant 2I heures, le bus républicain précédé de ses motards et cavaliers cuirassiers arrivait à Ver-sailles déjà envahie de dizaines de milliers de Français attirés ici par le spectacle… les chevaux… la lente solennité des convois… le suspens… le mystère… et la future légitimité qui allait naître de toute cette magnificence quasiment royale.

Les dernières urnes, celles des Alpes-Maritimes, des Hautes-Alpes, de l’Ariège et des Pyrénées Orientales, étant attendues vers vingt-deux heures, après huit heures de train spécial et deux heures pour la traversée de Paris jusqu’à Versailles, le dépouillement ne pouvait commencer avant vingt-deux heures trente.
Tous les scrutateurs venus des cent départements de France et d’outre-mer siégeaient ainsi pa-tiemment dans la salle du Congrès, dans l’aile du Midi du château. Bien sûr, les scrutateurs parisiens et ceux d’outre-mer réunis ce jour-là au Sénat étaient arrivés les premiers après leur banquet répu-blicain respectif : dans les jardins du Luxembourg pour les outre-marins et sur le champ de Mars pour messieurs les grands-électeurs des départements de la Seine.
Mêlés aux scrutateurs impressionnés par l’imposant hémicycle versaillais, les sénateurs arrivés de leur banquet républicain en hâte s’entassaient sur les 1250 places de la salle du Congrès. Pour leur part, les députés étaient admis en priorité dans la foule des balcons ouverts également aux anciens ministres et personnalités politiques du moment… Parmi celles-ci, Christiane Taubira, aux petits soins avec l’ancien président Giscard d’Estaing, peut-être en prévision d’une prochaine candidature à l’Académie Française.
Au perchoir, on appela les urnes départementales les unes après les autres, par groupe de quatre, selon leur numérotation alphabétique bien connue par les Français depuis l’école primaire. Les noms des candidats égrenés par les questeurs emplissaient alors la salle du congrès à chaque seconde devant des secrétaires de séance très attentifs… 
Naturellement, assis devant l’escalier du perchoir où le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat procédaient ensemble au dépouillement, les trois candidats à la présidence attendaient, comptaient, évaluaient leur chance, scrutés à leur tour dans leur moindre grimaces ou émotion par les télévisions autorisées à couvrir l’événement qui leur avait heureusement échappé jusque là…

* * *

Parvenu à cet instant du récit, le lecteur n’a pas besoin de savoir qui fut vraiment élu cette nuit-là… Qu’il sache seulement que le résultat fut serré jusqu’à la fin, jusqu’à quatre heures du matin.
Toutefois, très vite, chacun avait compris que Juppé à peine renforcé par les grands-électeurs de Bayrou, avait été intimement sacrifié par la droite malgré son rang initial de favori et qu’il ferait, à l’arrivée, tout juste un peu plus que son score du premier tour avec environs de 24%. Cependant, la bataille droite-gauche resta longtemps très indécise entre Le Drian et Baroin dont les scores oscillèrent toute la nuit autour de 38% ; chacun prenant l’avantage puis le perdant à cause du dé-partement suivant.
Cela dit, le lecteur a évidemment le droit de prendre des nouvelles de Francis Barthès qui ne dormit pas cette nuit-là… sinon quelques minutes sur son bras pendant un moment de longueur.

Enfin, à quatre heures trente, le nouveau Président de la République fut proclamé élu par les présidents des deux chambres. Aussitôt, porté par ses amis et par d’autres que l’instant transpor-tait eux-aussi, le nouveau Président de la République, cajolé, soulevé en triomphe, assailli de félici-tations et d’embrassades, rejoignit le cortège de la Garde républicaine qui, dans les derniers ri-deaux de la nuit enlaçant le château du Roi Soleil, avait plié son bivouac et attendait maintenant au milieu de ses chevaux hennissants.
Le cortège présidentiel que Francis Barthès ne put s’empêcher de suivre de loin en marchant à sa suite un long moment, arriva ainsi à Paris, à la vitesse d’un majestueux galop de la Garde, vers six heures du matin… Des Français matinaux, pressés sur les trottoirs avant d’aller au travail, s’étaient déjà amassés spontanément sur le parcours, certains étaient interrogés en direct par les jeunes filles de BFM et leur confiait au bout des micros leur émotion après une élection si dispu-tée… On entendait bien sûr des applaudissements… Au Trocadéro, la foule était déjà si dense que le cortège de cavalerie fut bien ralenti… 
Finalement, le président fit son entrée à l’Elysée un peu avant sept heures… Son prédécesseur l’attendait naturellement sur le perron… Il faisait frais mais beau. Un nouveau septennat commen-çait de bon matin… car c’est à l’aube que l’on gouverne le mieux et le plus sérieusement. Ou alors la nuit, très tard…
Francis Barthès, lui, le petit maire héroïque de Saint-Jean-de-Minervois, des images plein la tête, sauta dans le premier train qu’il trouva gare de Lyon pour s’excuser du gentil sort qui l’avait invo-lontairement mêlé à l’Histoire, à Versailles, mais également soustrait à sa famille et à sa commune !
Ceci étant, à cet instant, à travers lui, ce n’était pas un Marcelin Albert qui revenait vers son mi-di natal, c’était un consciencieux faiseur de Roi qui avait même pu, dans la cohue de la victoire, serrer la main du nouveau président et en recevoir un éclat de gratitude dans le regard !
Saint-Jean-de-Minervois, 140 habitants, ne pourrait plus être méprisé de sitôt !

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