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Crise financière et gestion de portefeuille

23 mars 2020

L’un des buts non dissimulés de l’IDL a toujours été d’aider ceux des lecteurs que cela intéresserait à bien gérer leur épargne et cela pour une raison très simple : il est difficile d’être libre si on est dépendant financièrement. Et c’est bien pour ça que les États essayent de vous voler votre épargne par tous les moyens, tant des citoyens dépendants des prébendes de l’État sont en fait des veaux qui se laisseront mener à l’abattoir en remerciant leurs assassins. Il ne faut jamais oublier que LE principe de base du libéralisme est qu’il n’y a pas de libertés sans droit de propriété.

Et c’est pour ça que j’ai écrit nombre de papiers expliquant que si vous choisissiez d’être actionnaire, c’est-à-dire propriétaire d’une société, le premier principe présidant au choix des titre que vous songez à acheter est que l’État n’y soit pas actionnaire, tant il est certain qu’en cas de difficultés, c’est vous qui serez plumé. J’ai même été jusqu’à bâtir un indice de 10 valeurs à Paris qui n’ont rien à voir avec l’État français et dont chaque lecteur peut voir la performance depuis 2004, comparé à celle du CAC 40. En voici la liste, chaque valeur étant maintenue à 10 % du portefeuille constamment. Air Liquide, Cap Gemini, Accor, Pernod-Ricard, Sodexo, Schneider, Total, LVMH, L’Oréal, Danone. J’aurais pu y joindre Essilor, Legrand, Hermès et ST Micro, que j’ai oubliées…mais cela ne changerait pas grand-chose. C’est plus facile de diviser par 10 que par 14…

 

 

Ce graphique montre deux choses :

  1. Que les sociétés qui travaillent pour leurs actionnaires sans intervention de l’État font beaucoup mieux que les autres sur le long-terme.
  2. Que ça ne les empêche pas de prendre des solides gamelles lorsqu’arrive une crise financière pendant laquelle les marchés se rendent compte d’un seul coup qu’il y a plus d’idiots que d’argent. Et dans ces cas-là, souvent à cause d’appels sur marge où ceux qui ont emprunté pour acheter des actions sont forcés de liquider, est vendu en premier non pas ce que l‘on devrait vendre mais ce que l’on peut vendre, c’est-à-dire les sociétés de l’indice IDL. Dans une crise, les marchés disparaissent pour les saloperies.

Bien entendu, si je me contrefous de perdre de l’argent à court et moyen terme cela ne m’affecte pas et je reste impavide. Mais en cinquante ans de carrière, je n’ai pas rencontré des masses d’optimistes à long terme, sauf bien sur quand les marchés étaient au plus haut… Et donc je crois entendre comme une demande plaintive de la part des lecteurs : existe-t-il une façon de « lisser » la performance de mon épargne pour m’éviter des nuits sans sommeil et des arrêts du cœur intempestifs ?

Fort heureusement, la réponse est oui.

La réponse classique et fausse que donne la théorie économique est qu’il suffit de diversifier et d’avoir des actions cotées ailleurs qu’à Paris et que la diversification géographique réduira la volatilité, ce qui est une foutaise. J’imagine que le lecteur a remarqué que tous les marchés des actions ont tendance à se casser la figure tous en même temps et depuis un certain temps.  Ce qui est l’un des grands inconvénients de la mondialisation.

Non, ce qu’il faut c’est trouver des actifs qui ont à peu près la même rentabilité à long terme que les actions, mais qui surtout montent quand les actions se cassent la figure, et ce sont ces placements qu’a la suite de Nicolas Taleb j’appelle les placements anti-fragiles. Dans le temps, je me servais des obligations allemandes, mais avec des taux négatifs sur les Bunds, cela ne marche plus.  Restent l’or, les obligations chinoises et américaines qui présentent encore ces caractéristiques et j’ai donc bâti un indice 1/3, 1/3, 1/3 de ces trois placements assez faciles à mettre en portefeuille, et en voici la performance depuis 2004, comparée a celle de l’indice des actions IDL. De 2015 à 2019, j’ai eu l’air idiot, ce qui n’est pas grave si je gère mon propre argent.

 

Après un peu plus de 16 ans, on voit que la performance est à peu près similaire, mais que le résultat est atteint de façon très différente. Une remarque : les actions de l’indice IDL sont défavorisées par le fait que je ne prends pas en compte les dividendes versés, alors que pour les obligations, je prends en compte les intérêts touchés dans le calcul. Mon calcul est donc un peu faux, mais ce que je veux montrer est un processus plutôt qu’un résultat exact.

Le lecteur averti, à ce point de l’analyse et s’il est toujours avec moi, doit être en train de se demander : « et qu’est qui se passerait si je mettais 50 % de mon argent dans l’indice IDL des actions françaises et le reste dans l’indice anti fragile ».

Voilà la réponse.

 

Quelques remarques sur ce graphique

  1. La performance à l’arrivée est supérieure aux performances individuelles des deux composantes (295 contre 275 et 281), ce qui peut apparaitre étonnant. Pourquoi ? Tout simplement parce que le re-balancement automatique passe son temps à vendre ce qui a beaucoup monté et à racheter ce qui a beaucoup baissé. Depuis 2018, le système vendait les actions pour acheter de l’or et des obligations, et maintenant il fait exactement le contraire et cela se fait sans que je sois impliqué émotionnellement, ce qui rend la vie plus facile.
  2. La volatilité de ma performance est extraordinairement faible, sauf pendant les périodes de grande crise (2008, 2015, 2018, aujourd’hui) et cette volatilité, même pendant les moments difficiles, est environ cinquante pour cent plus faible que la volatilité des actions.
  3. La rentabilité moyenne par an et compte tenu des frais avoisine les 6% nets par an, ce qui est mieux que l’immobilier, et je garde le contrôle de mon capital sans arrêt.
  4. En ce qui concerne l’immobilier, un seul mot : je suis bien certain que dans la crise actuelle, le gouvernement va autoriser les locataires à ne pas payer les loyers et à rester dans les lieux tant qu’ils seront en difficulté, et que cette spoliation du droit de propriété risque de durer plus longtemps que les impôts.

Conclusion

Comme le lecteur peut le voir, il s’agit de suivre une approche très disciplinée. Les graphiques que je montre rebalancent les portefeuilles tous les jours, ce qui n’est pas nécessaire. Vous pouvez procéder aux aménagements nécessaires tous les trimestres, ou tous les 6 mois.  Armez vous de vos derniers relevés et d’une machine à calculer si vous ne savez pas vous servir d’un tableur Excel, sinon utilisez votre PC.

  1. Vous commencez par les 10 valeurs de l’indice IDL et vous calculez la part en pourcentage de ce que vous avez dans chaque action. Si LVMH est monté à 12 % tandis que Total tombait à 8%, vous vendez 2 % de LVMH et rachetez 2 % de Total
  2. Ensuite vous passez à la partie anti fragile du portefeuille. Si l’or est passé à 40 %, vous en vendez 6.66 pour cent et vous ramenez tout le monde à 33. 33 %
  3. Et enfin, vous vérifiez bien que les actions et la partie anti-fragile sont restées toutes les deux à 50 %, sinon vous rebalancez.

Voila qui vous prendra au maximum deux heures d’un week-end où vous vous ennuieriez, et le lundi matin, vous passez vos ordres à votre courtier, et ensuite vous pourrez dormir du sommeil du juste sans vous sentir obligé de regarder Boursorama ou Bloomberg TV en vous rongeant les ongles d’inquiétude. Vous êtes devenus le maître du temps.

Et rien ne vous empêche, si un krach ou une bulle ont lieu au milieu du trimestre, de procéder à vos ajustements quand vous le souhaitez.

Les faire en ce moment par exemple serait une bonne idée.

Et enfin, n’oubliez JAMAIS que vous gérez un bilan sur le long-terme, et non pas un compte d’exploitation sur le court-terme.

Bonne chance et au travail !

Le cas échéant, je vous autorisai à me remercier dans vingt ans.