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La situation aux Etats-Unis et dans le monde après les élections US : Un survol rapideve.

Des quatre scénarios que j’avais présenté comme possibles il y a quelques semaines, c’est donc le dernier qui s’est réalisé, celui où les démocrates emportaient la Présidence, ce qui semblait très probable déjà, mais en plus remportent les deux élections sénatoriales en Géorgie, ce qui l’était beaucoup moins.

Le parti démocrate contrôle donc à la fois et le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.

Que ces élections aient été entachées d’irrégularités monstrueuses et non sanctionnées, que Trump ait été trahi et par Barr, son ministre de la Justice, et par Lindsay Graham et Mitch McConnell, les sénateurs qui auraient pu diligenter des commissions d’enquête sur les turpitudes du FBI et de la CIA, que les media et les GAFA aient été d’une partialité invraisemblable, tout cela est vrai, mais comme le disait Goethe « Sur le passé le Ciel lui-même n’a point d’empire ».

L’analyse du passé n’est utile que si chacun s’y livre pour comprendre ses propres erreurs mais est totalement inutile si le but est de montrer que, dans le fond, l’on a eu raison, alors que l’on a eu tort. Des quatre scénarios que j’envisageais, c’est celui auquel je donnais la probabilité la plus faible qui se réalise et c’est un fait dont je dois maintenant analyser les conséquences.

Il y a quelques semaines, j’écrivais que si ce scénario se réalisait, les conséquences politiques, économiques et financières seraient sans doute très lourdes et très graves. Je n’ai pas changé d’avis et pour ce faire, je vais commencer par l’impact de ces élections sur les Etats-Unis eux-mêmes.

Les Etats-Unis

Commençons par l’aspect sociologique du résultat.

Aussi curieux que cela paraisse, Trump l’a emporté dans une immense majorité des « comtés » aux USA, les démocrates enlevant seulement les endroits très peuplés et où vivent à la fois les plus riches et les plus pauvres. Les rats des villes ont battu les rats des champs. Les rats des champs ont comme devise : « we don’t riot, we vote », ou en français, « Nous ne faisons pas d’émeutes, nous votons », par opposition aux rats des villes qui ont tendance à faire le contraire.

Mais cette fois-ci, les rats des champs, qui ont voté en masse pour le Président sortant, ont la distincte impression de s’être fait voler comme au coin du bois. L’essentiel n’est pas de savoir s’ils ont raison ou tort, mais de comprendre les conséquences de cette croyance chez les rats des champs.

A mon avis, il y en aura deux

  • La volonté de vivre ensemble, constituant essentiel de toute nation, a complètement disparu, les démocrates méprisant les électeurs républicains qui les détestent en retour. Les germes d’une guerre civile larvée ou d’une sécession sont en train d’apparaître. On songe à l’Espagne en 1934.
  • Le parti Républicain historique risque de se voir supplanté partout par un nouveau parti, localiste, populiste et Trumpiste. Et il faut bien se rendre compte que les hiérarques républicains ‘’classiques », les fameux RINO « Republican in Name Only » sont sans doute haïs par leurs électeurs aujourd’hui beaucoup plus que leurs homologues démocrates tant ils ont trahi avec constance le Président Trump, à l’exception de quelques-uns dont Ted Cruz, le Sénateur du Texas, qui pourrait devenir le chef de ce nouveau parti si Trump venait à faire défaut.  Quant aux démocrates, ils seront le parti des mégalopoles, des côtes Ouest et Est, des subventionnés, des universitaires, des media et des super-riches et il n’y aura plus aucun lien entre ces deux populations.

La situation politique aux USA est donc proche de l’explosion, ce qui devrait inciter les nouveaux élus à la plus grande circonspection. Mais les démocrates savent qu’ils ont un contrôle total du gouvernement pour les deux ans qui viennent et qu’ensuite, ils risquent bien de le perdre comme l’avait fait Obama pendant son premier mandat. Et pour eux, l’idéologie est plus forte que la Nation. Ils vont donc essayer de passer en force sur nombre des idées contenues dans leur programme et il me faut maintenant les rappeler.

  • Immigration nouvelle, légale ou illégale : favorisée, ce qui va impacter les bas salaires aux USA et pourrait à terme faire perdre aux démocrates les voix des minorités.
  • Légalisation de tous les immigrés du passé, même illégaux, et démantèlement du mur (ce qui fera croître le nombre d’électeurs démocrates, rendant plus difficile le retour des républicains au pouvoir).
  • Annulation des baisses des impôts ayant eu lieu sous la Présidence Trump, y compris pour les sociétés, ce qui sera une mauvaise nouvelle pour les marchés financiers.
  • Probablement hausse du taux marginal d’imposition sur la classe moyenne supérieure.
  • Soutien financier fédéral aux grandes villes et aux états démocrates en grande difficulté tels Detroit, Chicago, New-York, la Californie, le New-Jersey… qui sont en faillite parce qu’ils ont été gérés en dépit du bon sens. Toutes ces villes, tous ces états sont sous administration démocrate et les rats des champs vont donc devoir payer pour les rats des villes, ce qui ne va pas plaire.
  • Retour dans le traité de Paris sur la limitation du CO2 et donc…
  • Fin, ou très fort ralentissement du « fracking pétrolier » au Texas, en Pennsylvanie, en Oklahoma ce qui amènera à une baisse de la production pétrolière aux USA, qui entraînera une forte hausse des importations.
  • Subventions gigantesques aux énergies vertes et donc hausse inéluctable du prix de l’électricité.
  • Tentative de contrôler les ventes d’armes aux citoyens. (Deuxième amendement)
  • Tentative (bien en cours) de limiter la liberté d’expression (premier amendement)
  • Et, s’il le faut, augmentation du nombre de juges à la Cour Suprême pour mettre au pas le troisième pouvoir.

Or chacun de ces points est une déclaration de guerre aux rats des champs.

Logiquement, si Biden se révélait à la hauteur de la situation, ce qui arrive parfois quand le manteau de la royauté tombe sur les épaules d’un homme de bien, comme en Afrique du Sud avec Nelson Mandela, il devrait annoncer que les libertés fondamentales garanties par la Constitution seront respectées et qu’il ne laissera en aucun cas une « épuration » des partisans de Trump avoir lieu. Hélas, le but des démocrates ne semble pas d’apaiser ou de transiger, mais de détruire leurs « ennemis « ce qui n’est pas la même chose.

Je crains le pire, en espérant cependant avoir tort.

Venons-en à la situation économique aux USA.

Comme en Europe, la baisse des revenus consécutive à la chute d’activité causée par la pandémie a été compensée par une impression de monnaie considérable finançant des déficits ahurissants, ce qui était peut-être nécessaire. Pour l’instant, l’activité a l’air de reprendre, le PIB nominal n’étant plus en baisse que d‘environ 2 % sur le plus haut atteint au quatrième trimestre 2019.  Je peux me tromper bien entendu, mais compte tenu des baisses d’impôts du passé et des revenus monétaires non gagnés distribués généreusement, ce n’est vraiment pas du côté de l’activité que j’attends un problème.

A mon avis les difficultés vont venir d’une inflation qui deviendrait incontrôlable, en raison d’une hausse du prix de l’énergie. Le prix du baril vient en effet de casser sa moyenne mobile à 5 ans, ce qui pourrait signifier un retour vers une tendance structurellement haussière du prix de l’énergie et cette hausse du prix du pétrole va déclencher, comme à chaque fois, avec quelques mois de retard, une hausse de l’indice des prix de détail, surtout à partir de Mars. Et comme la production de pétrole aux USA à partir du « fracking » a déjà fortement diminué (3 millions de barils/jours depuis un an ?), si les USA doivent importer 3 millions de barils de plus, que l’Asie continue sa croissance et que l’Inde redémarre, les marchés pétroliers peuvent se retrouver très vite en déficit de production, ce qui ferait exploser les prix de l’énergie et donc l’inflation.

Logiquement, avec l’inflation qui monte et qui risque de passer au-dessus de 3 % sur 12 mois vers la fin Juin, les taux longs, qui sont à 1 %, devraient monter, ce qui mettrait à mal le marché des actions et le secteur de l’immobilier.

Mais toute hausse des taux serait létale pour le budget, tant le financement de la dette exploserait. La Fed a donc déjà dit qu’elle empêcherait les taux de monter en achetant les obligations si nécessaire. Mais si les taux d’intérêts sont maintenus artificiellement bas par la banque centrale, cela se fera, une fois de plus, en créant des dollars ex nihilo, ce qui fera plonger le dollar et renchérit tous les produits importés et donc l’inflation.

On peut tout faire avec  la planche à billets, sauf produire du pétrole et l’expérience a montré que si le dollar baisse, le pétrole monte…

En termes simples, la Fed est coincée si le prix du pétrole se met à monter et devra choisir entre taux de change et taux d’intérêts.

  • Si elle choisit les taux d’intérêts, le dollar s’écroule.
  • Si, comme Volcker en son temps, la Fed choisit la monnaie, le marché des obligations et sans doute des actions et de l’immobilier s’écroulent et une récession suit.

Pour être parfaitement honnête, bien des républicains devraient être assez satisfaits de laisser la résolution de ce dilemme aux démocrates, à qui je souhaite bonne chance, ils en auront bien besoin.

Enfin, venons en la géopolitique.

  • Chine-Russie

Je n’ai pas le moindre doute que et la Chine et la Russie ont de fort beaux dossiers sur Jo Biden, sur son fils, sur les relations qu’ils entretenaient en Chine, en Russie ou en Ukraine… et sur nombre d’autres hommes politiques US, dont la Vice-Présidente.

De plus, chacun de ces deux pays sait que les USA sont dans une situation de rupture en ce qui concerne la volonté de vivre ensemble des deux « peuples » américains. Si l’un ou l’autre de ces deux pays voulait essayer de porter un coup fatal aux USA, ce serait le moment parfait pour lâcher des dossiers, compromettant ainsi de façon irrémédiable monsieur Biden, ce qui rendrait les électeurs de Trump encore plus furieux qu’ils ne le sont aujourd’hui. Déclencher une procédure d’impeachment contre Biden dans l’état psychologique actuel des Etats-Unis ferait passer le Watergate comme une peccadille. Si je devais parier sur le pays qui pourrait s’essayer à cette manœuvre, je pencherai plutôt pour la Russie que pour la Chine, tant les Chinois détestent les crises, même chez les autres. Mais il est un peu inquiétant de penser que les Chinois-ou les Russes- peuvent déclencher une crise politique aux USA quand ils le souhaiteront.

  • Passons à l’Europe.

L’Angleterre en est sortie, avec son armée, et l’Allemagne est en train d’abandonner les USA aussi vite qu’elle le peut. Elle a déjà accepté le nouveau pipeline pour livrer du gaz russe à la Ruhr, malgré l’opposition des Etats-Unis.  De moins en moins obéissante, cette même Allemagne vient de signer, au nom de la communauté européenne, un traité de commerce avec la Chine (et au diable Hong-Kong), qui fait hurler la diplomatie américaine ainsi que certains pays européens.

A l’évidence, les allemands ne croient plus en la protection américaine-ou croient ne plus en avoir besoin- car ils savent que quand les gouvernements de gauche ont besoin d’argent, ce qu’ils font à chaque fois est de couper les dépenses militaires, et le plus simple pour les USA sera de réduire leurs dépenses militaires en Europe.  Comme il y a toujours une armée dans un pays, soit celle du pays, soit celle du pays d’à côté, si l’armée du pays d’à côté, les USA, qui était chez nous depuis 1945, s’en va, la question va se poser pour l’Europe de l’armée de remplacement à choisir : l’armée russe ou l’armée turque ? Ni l’une ni l’autre de ces deux possibilités ne plairont beaucoup à la Hongrie, à la Pologne, à la Tchéquie, à la Lituanie… ou à la France. Quant à créer une armée européenne, comme la vieille Europe n’a pas fait d’enfants depuis 40 ans, on voit mal comment constituer une armée dans des pays où il n’y a plus que des vieillards.

Voilà le débat essentiel de la prochaine décennie en Europe

  • Au Moyen-Orient.

Israël est en train de signer des accords de collaboration avec les États Sunnites pour lutter contre la Perse, je veux dire l’Iran Chiite, et peut-être la Turquie. Voilà qui permettra aussi un retour des troupes américaines à la maison.

Conclusion

Comme je ne cesse de le dire, l’isolationnisme américain est une réalité imposée par l’économie et va s’accélérer avec Biden sous couvert de retour à l’internationalisme Onusien et mondialiste. Mais ce repli des USA vers la « forteresse America » est inscrit aussi dans la géographie. L’élection de monsieur Biden va accélérer prodigieusement cette tendance.

En ce qui concerne les placements, outre les placements en Asie et en or, il me semble qu’il faut concentrer ses avoirs dans la zone de droit anglais définie dans mon papier de la semaine dernière. C’est dans cette zone qu’existe la sécurité juridique la plus forte.

Car, ce qui va manquer le plus dans le futur, c’est bien la sécurité juridique individuelle.