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Les évêques européens: “l’UE n’est plus très catholique mais on continue quand même!”

La COMECE, conférence des conférences épiscopales (catholiques) des pays membres de l’Union Européenne, vient de publier un texte à propos des prochaines élections au Parlement Européen. Trois messages: (1) Il faut aller voter. (2) L’UE n’est plus toujours fidèle à l’inspiration des pères fondateurs chrétiens de la construction européenne. (3) Il faut pourtant exclure de voter contre des partis qui ne seraient pas favorables à l’UE. On est loin de la clarté évangélique.

Les conférences épiscopales catholiques des pays membres de l’Union Européenne coopèrent au sein de la COMECE, Cette “Conférence des évêques européens” est connue pour son encouragement non critique à l’Union Européenne depuis des années.

Pourtant, à un moment où l’Union Européenne a particulièrement mal géré la crise du COVID, où l’UE soutient un pays européen en guerre contre un autre et où le président français prétend faire entrer l’avortement dans la Charte Européenne des droits fondamentaux, on était curieux de voir ce que les représentants des évêques des pays membres de l’UE allaient publier.

 

Une posture incohérente

Ce texte assez bref s’appuie d’abord sur le constat que plusieurs des pères fondateurs de l’Europe étaient des chrétiens (catholiques). Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi, Robert Schuman, catholiques fervents, agissaient avec les encouragements fervents du Pape Pie XII.

Bien entendu, il y eut d’autres courants concernés. Même si sa soeur était religieuse, Jean-Monnet s’était rallié à la social-démocratie. Les premiers partisans d’une Europe à tendances fédérales se recrutaient chez les libéraux, les socialistes et même, on oublie trop souvent de le dire, d’anciens fascistes.

Pourtant, c’est bien l’influence chrétienne qui fut décisive dans les premières années. On ignore souvent que les douze étoiles du drapeau européen sont en fait les douze étoiles de qui couronnent la Vierge dans l’Apocalypse:

Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête

Apocalypse XVII,1

L’Union Européenne d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec les idéaux chrétiens, personnalistes, pacifiques, des pères fondateurs. Elle adhère, par les lois dites “bioéthiques”, que vote le Parlement européen, à cette culture de mort que le Pape saint Jean-Paul II a souvent dénoncée. Elle met en place une surveillance des individus qui a bien peu à voir avec les droits fondamentaux. Elle traite les immigrés comme des marchandises. Enfin, elle est redevenue guerrière.

Et pourtant, il faudrait voter pour cette “Europe”

Et pourtant, les évêques rédacteurs de ce texte (parmi eux l’évêque de Dijon, Monseigneur Hérouard, dont il se murmure qu’il est dans les petits papiers du pape François) sont formels. Il ne faudrait pas voter pour des partis “anti-européens”. Suivez mon regard…., le spectre de “l’extrême droite” se profile.

Si je traduis, dans le spectre des listes françaises, vous ne pouvez voter ni pour les listes souverainistes, ni pour le Rassemblement National ni pour Reconquête, placés dans le même sac. Et, parmi les listes qui ne respectent aucune des prescriptions de l’Eglise en matière de respect de la vie, les évêques préfèrent au fond Les Républicains, Renaissance et les Verts à la France Insoumise ou aux Communistes. Parce que ces derniers seraient “anti-européens”.

Une foi qui vacille, une intelligence éteinte

En réalité, l’attitude des rédacteurs de ce texte est dramatique. D’abord, il est de mon devoir de catholique de rappeler mes frères dans le Christ à l’observance de la Parole et de la Tradition de l’Eglise. En réalité, il est bien difficile aujourd’hui de savoir pour qui voter quand on est chrétien. Entre les partis qui soutiennent la guerre en Ukraine et le massacre des Gazaouis, ceux qui approuvent les lois “sociétales” hostiles à la vie et à la dignité humaine, les tenants du socialisme ou de l’écologie ancrée dans l’idolâtrie de Gaïa, il y a bien peu de politiques fiables.

Le chrétien, quand il doit voter, est souvent partagé entre la recherche du “moindre mal” et l’envie du vote blanc, pour faire justice à l’objection de conscience. C’est là qu’on aimerait que les évêques soient une boussole au lieu d’être le pâle reflet des slogans mondialistes. Non pas que nous devions attendre qu’ils nous disent pour qui voter. Mais parce qu’une parole forte, consistant à dénoncer toutes les tares de l’actuelle construction européenne, donnerait du courage à tous, chrétiens et non chrétiens, pour s’engager dans la cité.

Quand vous voulez comprendre pourquoi nos démocraties s’étiolent, il y a bien entendu une foule de causes temporelles. Mais il y a aussi un facteur spirituel. Le Christ avait prévenu ses disciples:

“Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi salera-t-on?”

 

Evangile de Matthieu, V, 13