Publié le

Macron et le CRIF en PLS : les Israéliens sont-ils ou non des colons ? par Veerle Daens

Le Courrier des Stratèges

La police de la « pensée » a encore frappé, et cette fois-ci, elle porte le sceau de l’Élysée et l’onction des gardiens du temple moral. L’affaire est entendue : Hachette a dû retirer de la vente ses manuels de révision « Objectif Bac » dans la panique la plus totale. Le crime? Avoir imprimé, noir sur blanc, une phrase évoquant les victimes de l’attaque du 7 octobre en parlant de « 1200 colons juifs morts ».

Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’hystérie collective. Emmanuel Macron (dont l’ignorance historique crasse et persistante, surtout en matière de Palestine et d’Israël, n’est plus contestée que par Bruno Roger-Petit, Patrick Sébastien et leur adjuvant intello qui évite soigneusement le sujet, Emmanuel Todd), dans une envolée dont il a le secret, a qualifié cela de « falsification des faits » et d’acte « intolérable ». Le CRIF, par la voix de son président Yonathan Arfi, a hurlé à la « légitimation du terrorisme » (rien que ça ! tu as une critique à adresser à Nétanyahou, le boucher de Gaza, tu deviens un poseur de bombes devant une synagogue, bien sûr, tout est dans la nuance, et personne ne morigène ces bouffons extrémistes qui transforment le judaïsme en théâtre de Guignol, voire de guignols ou pire, en série catastrophe sur Netflix), tandis que la LICRA dégainait l’accusation suprême de « négationnisme » (car lutter contre le racisme, c’est expliquer qu’un Juif de Brooklyn qui ne parle pas hébreu et qui s’installe en Cisjordanie illégalement occupée par Israël est un authentique Israélien face à des usurpateurs islamistes qui mangent du porc, qui vont à l’église du coin, et dont le grand-père se souvient qu’il cultivait le lopin de terre en question en priant la Vierge pour la fécondité de ses semailles).

Hachette, le doigt sur la couture du pantalon, a présenté ses excuses au Parti de la Vérité Officielle et pilonné les ouvrages. Circulez, il n’y a rien à voir : le mot « colon » est désormais une insulte antisémite.

L’humeur de Veerle Daens : Louis Sarkozy, le dandy légionnaire qui sent bon le soufre chaud
Je reviens sur la polémique suscitée par le tatouage de Louis Sarkozy. Et j’en profite pour vous dire que l’intraitable Eric Verhaeghe a décidé d’augmenter mes appointements pour que j’écrive encore plus dans les colonnes du Courrier. Mes chéris, Alors que la France de 2026 s’enfonce dans une mélancolie

Pourtant, si l’on veut bien, un instant, sortir de l’émotion téléguidée par le Mossad pour faire de l’Histoire, la situation devient d’une ironie mordante. Car si qualifier un Israélien de « colon » est aujourd’hui passible de l’excommunication républicaine, il fut un temps – pas si lointain – où c’était le titre de gloire officiel des fondateurs de l’État d’Israël, auto-décerné par les impétrants en personne !

Quand le « colon » était le héros du sionisme

C’est là que la réécriture orwellienne de l’histoire opérée par les « amis d’Israël » devient fascinante. Il suffit de se plonger dans les archives pour constater que, lors de la création d’Israël et même après, le terme « colonisation » n’était pas une insulte lancée par des gauchistes, mais la description administrative et fière de l’entreprise sioniste par ses propres dirigeants.

Prenons la banque fondée par Theodor Herzl lui-même, le père du sionisme politique. Comment l’a-t-il baptisée? La « Bank of Peace »? La « Banque de l’amitié entre les peuples » ? Non. Elle s’appelait le Jewish Colonial Trust (Otsar Hityashvut HaYehudim). Ce n’était pas un lapsus. Jusqu’au milieu des années 1950, les actions s’échangeaient sous ce nom explicite.

A collection of early publications of the Jewish Agency on the question of the Land of Israel – DYNASTY AUCTIONS
An important collection of publications published by the Jewish Agency on the Land of Israel, reports, data, maps, diagrams, etc. Most publications in English. Years: 1931-1947. The collection includes the official publication in which the agency responded to the division plan of Eretz Israel published in August 1947. 1. FINANCIAL ASPECTS OF JEWISH RECONSTRUCTION IN […]

Allons plus loin. L’Agence Juive, ce gouvernement de l’ombre avant 1948, possédait un département clé pour l’achat des terres et l’installation des immigrants. Son nom officiel dans les rapports soumis aux Britanniques et à la Société des Nations? Le Agricultural Colonization Department (Département de la Colonisation Agricole). Joseph Weitz, une figure tutélaire du Fonds National Juif, signait ses rapports en tant que chef de ce département de la Colonisation.

Et que dire de la PICA, la Palestine Jewish Colonization Association, fondée par le baron de Rothschild? Pendant des décennies, cette organisation a drainé des marais et construit des villages en revendiquant haut et fort son activité de colonisation.

Palestine Jewish Colonization Assoc. | Promised Land Museum
Through land purchases, construction, Palestine Jewish Colonization Assoc. built countless Jewish settlements, displacing Palestinian communities

 

Les dirigeants historiques ne prenaient pas de gants sémantiques. David Ben-Gourion, le père de la nation, déclarait après 1947 à propos du Néguev : « Les Nations Unies nous l’ont donné pour le coloniser » (to colonize it), ajoutant avec fierté : « Nos colons ont accompli des prodiges ». Chaim Weizmann, premier président d’Israël, comparait tranquillement devant l’ONU l’entreprise sioniste à la « colonisation en Argentine« , pour souligner la réussite supérieure de la version juive

La novlangue comme outil de censure

Alors, que s’est-il passé? Pourquoi ce qui était une fierté technique et nationale dans les années 1940 est-il devenu une insulte antisémite dans un manuel scolaire de 2026?

La réponse est simple : la décolonisation est passée par là. Le mot est devenu politiquement radioactif. Israël a donc procédé à un ravalement de façade sémantique. Le « Département de la Colonisation » a été discrètement rebaptisé « Département du Peuplement » (Settlement Department), profitant de l’ambiguïté du terme hébreu Hityashvut.

Mais ce qui se joue en France est plus grave qu’un glissement lexical. Nous assistons à une tentative de censure étatique sous pression communautaire. Des députés comme Meyer Habib peuvent bien s’étrangler en affirmant qu’un Juif ne peut pas être un colon en Judée, l’histoire administrative de son propre État de cœur le contredit.

En qualifiant d’antisémite l’usage d’un terme que le mouvement sioniste a lui-même gravé au fronton de ses banques et de ses ministères pendant cinquante ans, la communauté juive sioniste institutionnelle de France (CRIF en tête) s’enferme dans une posture extrémiste. Elle ne défend pas la vérité historique ; elle défend une mythologie politique.

Cette affaire révèle une dérive inquiétante : la lutte contre l’antisémitisme est instrumentalisée pour interdire toute analyse critique, voire toute description factuelle utilisant le vocabulaire historique, dès lors qu’elle dessert la communication israélienne actuelle. C’est du marketing politique déguisé en morale républicaine. Et quand l’État en France, par la voix de son Président, se fait le bras armé de cette police du vocabulaire pour censurer des éditeurs, nous ne sommes plus dans la protection des citoyens, mais dans la propagande officielle. Si Ben-Gourion vivait aujourd’hui, le CRIF demanderait-il la censure de ses mémoires au nom de la lutte contre l’antisémitisme ?