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Quand l’Allemagne s’éveillera… L’Europe tremblera 

Réarmement Allemagne
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Gouverner, c’est prévoir » nous rappelle fort à propos l’adage ancien alors que le monde est en plein chamboulement. Or, que font les principaux dirigeants occidentaux de la planète ? Ils le transforment en « gouverner, c’est communiquer », voire, pour certains à l’instar d’Emmanuel Macron, en « gouverner, c’est s’agiter » dans tous les sens sans que l’on sache à l’avance dans quel sens la girouette jupitérienne s’orientera. Aujourd’hui, la vulgate élyséenne, y compris balardienne désigne un ennemi qui menace potentiellement (par ses armes et ses ingérences multiples) notre Douce France. Il a pour nom Russie de Vladimir Poutine dont les chars pourraient pavoiser sur les Champs-Élysées d’ici cinq ans. Le chantage à la peur fonctionne à plein régime dans une ambiance crépusculaire de fin de règne jupitérien. Le Chef de l’État remet à l’ordre du jour un service national volontaire censé être le dernier rempart contre les visées de la soldatesque poutinienne[1]. Le Chef d’état-major des Armées (ex-CEMP du Chef de l’État), le comique Fabien Mandon fait la leçon aux Maires de France et de Navarre[2]. Est-ce crédible, est-ce possible ? Nul n’est prophète en son pays. Toujours est-il que, dans le même temps, Outre-Rhin, nos voisins teutons vont dépenser plusieurs centaines de milliards d’euros pour muscler leur défense sans que cela ne soulève question aux bords de la Seine. Or, pendant que l’Allemagne réarme, et l’on sait qu’elle ne plaisante pas, la France, et l’on sait qu’elle blague souvent, désarme faute de ressources budgétaires suffisantes.

Pendant que l’Allemagne réarme… 

L’Allemagne fait tout bien pour que cela aille mieux. Cela passe par un réarmement militaire assumé et un réarmement moral revendiqué.

Un réarmement militaire assumé

Confrontée à une instabilité et une insécurité croissante dans le monde et en Europe, « Grosse Deutschland » prend l’affaire très au sérieux. Les Allemands ont la mémoire longue et la rancœur tenace. À la fin de la Guerre Froide, leurs diplomates font savoir qu’ils ont largement acquitté la dette de la Seconde Guerre mondiale et qu’une nouvelle ère s’ouvre durant laquelle leur pays devait retrouver toute la place qui lui revient dans le concert des Nations. Avec la prise de fonctions de Donald Trump, Berlin entend prendre sa part du fardeau et, à cette fin, jouer enfin dans la cour des grands dans le domaine militaire. En effet, l’engagement en matière de dépenses de défense est conséquent. Dès 2022, le chancelier Olaf Scholz annonce une augmentation conséquente des dépenses militaires allemandes. Cette ligne – ce « revirement complet » pour une Allemagne pacifiste – sera poursuivi et amplifié par son successeur. Friedrich Merz affirme, dans sa deuxième déclaration de politique générale face au Bundestag en 2025, que l’Allemagne est de « retour sur la scène européenne et internationale ». Berlin prévoit ainsi de dépenser près de 153 milliards d’euros par an pour sa défense en 2029, contre environ 75 milliards en 2024. Le pays s’engage ainsi à doubler ses dépenses de sécurité et de défense pour atteindre 3,5 % du PIB avant la fin de la décennie. Du côté de Berlin, un engagement de cette ampleur est un engagement qui sera tenu. On ne plaisante pas avec le denier du contribuable. Ce réarmement militaire de grande envergure, y compris avec le retour du service militaire[3], s’accompagne d’un indispensable réarmement moral.

Un réarmement moral revendiqué

Sous la pression d’une AfD, dont l’audience ne fait que croître surtout dans les anciens Länder de l’est[4], le chancelier allemand attache de l’importance au respect de l’autorité, dans toutes ses dimensions, dans son pays. Il est vrai qu’Outre-Rhin, les mots ont un sens et l’on s’y tient contrairement à la France où les mêmes mots ne signifient plus rien tant ils sont galvaudés. Afghans, Syriens et autres fauteurs de trouble sont renvoyés manu militari dans leur pays d’origine, y compris avec le concours des pays d’envoi. Il faut qu’on se le dise, l’asile n’a qu’un temps surtout lorsque l’on refuse de se plier au monde de vie germain, en particulier à son souci d’ordre. Sous la pression d’une économie en crise[5] et d’une industrie fragile[6], le chancelier allemand entend que l’argent du contribuable soit utilisé à bon escient et que la durée du travail aille de pair avec l’espérance de vie. Manifestement, les autorités allemandes possèdent une stratégie claire pour l’avenir et n’hésitent pas à mettre des moyens financiers conséquents pour s’y tenir. Sur les bords de la Spree, les annonces restent rarement lettre morte. Le renoncement aux engagements souscrits auprès des citoyens lors des campagnes électorales n’est pas de mise dans une démocratie vivace. Dans une allocution, le 10 août 1967, le général de Gaulle célèbre la paix qui permet de refaire « notre substance, notre influence et notre puissance ». La puissance n’est pas la volonté impériale de domination mais la capacité de se faire respecter par l’affirmation de la force militaire et par l’ampleur du projet économique et social de la nation, condition de son indépendance[7]. À Berlin, on l’a compris[8].

Or, c’est exactement le chemin inverse de nos voisins allemands qu’emprunte la « Grande Nation » sous le règne plein de magnificence et de munificence de Jupiter 1er.

… La France désarme 

La France va trop bien pour que cela aille mieux. Son désarmement militaire constant s’accompagne d’un désarmement moral attristant.

Un désarmement militaire constant

Paris est incapable d’établir des priorités dans l’établissement de son budget pour l’année 2026 comme le démontre amplement les travaux chaotiques du « Palais Bourbier »[9]. Nous ne voyons toujours pas que sécurité extérieure et sécurité intérieure figurent parmi les priorités des priorités de l’exécutif. Ce n’est pas l’annonce en fanfare de la vente de cent Rafale à un pays rongé par la corruption (l’Ukraine) qui va changer la donne. On croit rêver en entendant le Premier Ministre, Sébastien Lecornu déclarer : « Améliorer la défense est un enjeu considérable » (1er décembre 2025). Qu’a-t-il fait pour l’imposer aux parlementaires en mettant en balance sa démission ? Rappelons que le CEMA, le général Pierre de Villiers sonne le tocsin dès le mois de juillet 2017. Mal lui en a pris[10]. Il reste constant dans son diagnostic en 2025[11]. Aujourd’hui, la France n’a plus les moyens de ses ambitions en dépit des leçons qu’elle administre à la terre entière[12]. Un classique de la diplomatie française stigmatisée par nos amis américains et britanniques. Elle veut voyager en première avec un billet de seconde classe. La promesse de vente de Rafale à l’Ukraine est pathétique[13]. Pour faire diversion, se donner bonne conscience. Paris loue les mérites d’une défense européenne qui n’existe toujours[14], pas plus que la puissance d’une Europe idéalisée[15]. Avec ses deux discours de la Sorbonne, Jupiter chevauche allégrement des chimères[16]. Ces manœuvres de diversion ne font plus illusion[17]. Le réveil risque d’être douloureux. Une sorte de remake de L’étrange défaite décrite à chaud par le médiéviste, Marc Bloch, bientôt panthéonisé par le même Emmanuel Macron !

Un désarmement moral attristant

C’est là que le bât blesse dans l’Hexagone tant le pays est à la dérive comme tous les indicateurs objectifs le démontrent sans l’ombre d’un doute à tel point que nul n’est en mesure de le contester. Que dire de la dérive totalitaire d’un Président qui entend mettre au pas la « dissidence audiovisuelle » et créer une sorte de ministère de la vérité en dépit de ses dénégations peu convaincantes ? Que dire de la dérive liberticide d’un Président qui entend mettre sous clés les libertés publiques et individuelles tout en stigmatisant les démocraties illibérales en Europe et ailleurs ? Que dire de la dérive mafieuse d’une France qui se transforme rapidement en Narco-État (Cf. la situation inquiétante de la DZ mafia à Marseille) aux yeux du monde ? Que dire de la dérive insécuritaire d’une « Grande Nation » où chaque jour charrie son lot de meurtres, de viols, de vols comme au Musée du Louvre, d’évasions de nos prisons passoires, d’incivilités, d’ensauvagements systémiques et structurels ? Que dire de la dérive morale d’un État dépassé par la remise en cause constante de l’autorité de ceux qui en sont dépositaires (forces de l’ordre, pompiers, enseignants …) par des délinquants bénéficiant d’un quasi-régime d’impunité totale avec la complicité d’une frange révolutionnaire de la magistrature (SM) ? Que dire de la dérive constitutionnelle d’une France qui voit fouler aux pieds ses principes fondateurs comme la laïcité[18] par un entrisme islamiste intouchable pour acheter la paix des banlieues ? Comment penser être en mesure de relever le défi d’un monde instable, d’une Europe impuissante (voire indélicate[19]), d’une Allemagne conquérante ?

En toute hypothèse, Emmanuel Macron, Mozart de la finance et de la diplomatie, nous semble incapable de relever tous ces défis et menaces exposés ci-dessus ![20] Et, cela d’autant plus qu’il a contribué à en exacerber certains au cours de ses deux mandats catastrophiques. Ne comptons pas sur le pyromane pour se transformer brusquement en pompier. Le coup de la sidération, à l’instar de la progression du narcotrafic en France, ne prend plus, y compris auprès des gogos. Décidément, les faits sont têtus dans la Macronie déclinante. On ne fait de politique que sur des réalités et non en sautant comme un cabri sur sa chaise et en pratiquant la méthode du bon docteur Coué.

« La voie de la petitesse »[21]

« L’histoire est un perpétuel recommencement » nous rappelle l’historien grec Thucydide. La France éternelle ne serait-elle pas bien inspirée de méditer les leçons de l’histoire du XXe siècle et, en particulier, celles de nos relations tumultueuses avec l’Allemagne jusqu’en 1945 ? Elle y trouverait vraisemblablement matière à réflexion et à action urgente pour les années à venir alors que le roi est nu. Au rythme où vont les choses, notre pays va droit dans le mur pendant que l’Allemagne vole vers de nouveaux sommets, délestée de l’encombrant poids du passé[22]. C’est avec une indéniable « Schadenfreude »[23] que Berlin contemple une France qui tombe[24] et qu’elle la marginalisera, voire l’humiliera sans complexe pour la renvoyer à toutes ses insuffisances et ses faiblesses. Nous en avons un petit aperçu avec le peu d’égard avec lequel nous traite la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. En a-t-on conscience au 55 rue de Faubourg Saint-Honoré et au 37 Quai d’Orsay ? Le déni risque de durer encore longtemps avant que nous ne touchions le fond, rattrapés par la réalité et par nos créanciers et, peut-être après le départ de Jupiter, d’envisager enfin un salutaire rebond., un sursaut moral. Sursaut moral accompagné d’un réarmement financier, juridique, politique, civique et intellectuel, aujourd’hui brisé, par celui qui est censé être le chef de l’État[25]. La morale de l’Histoire pourrait être quand l’Allemagne s’éveillera … l’Europe tremblera … et la France déclinera encore plus rapidement.